Abdelouahab Ennaciri : “La technologie hybride et électrique c’est l’avenir de la mobilité”

Au-delà de la vitrine technologique, l’Auto-Expo, consacré cette année aux véhicules hybrides et électriques, a posé les bases d’une réflexion plus large sur l’avenir de la mobilité. Abdelouahab Ennaciri, président de l’AIVAM, en décrypte les enseignements.

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Le marché automobile marocain connaît une dynamique inédite. Avec une progression de 35 % des ventes à fin août 2025, le secteur s’inscrit dans une transformation mondiale portée par l’électrification et la transition énergétique. Les constructeurs multiplient les offres hybrides et électriques, tandis que les consommateurs, malgré un pouvoir d’achat sous tension, manifestent un intérêt croissant pour ces technologies. Le Salon de l’automobile, consacré cette année aux véhicules hybrides et électriques, a illustré cette mutation : une trentaine de marques et soixante-dix modèles ont été exposés, certains pour la première fois au Maroc. Pour Abdelouahab Ennaciri, président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), cette édition symbolise un tournant. Entre engouement du public, baisse progressive des prix et défis d’infrastructures, il revient sur les perspectives du marché et les conditions d’une véritable démocratisation de l’électrique.

TelQuel :  En quoi cette édition du salon marque-t-elle une étape importante pour le marché automobile marocain ?

Abdelouahab Ennaciri : Cette édition était exclusivement consacrée aux véhicules hybrides et électriques. Elle avait été pensée sous ce thème afin de répondre à une demande croissante sur le marché, mais aussi pour rassembler toute l’offre dans un même espace. Les visiteurs ont pu découvrir un large choix de modèles et profiter de cette vitrine unique.

Près de trente marques étaient représentées, avec soixante-dix modèles, dont une grande partie a été présentée pour la première fois dans le Royaume. Les visiteurs ont ainsi constaté la diversité des nouvelles technologies et des designs. C’était une occasion d’information et d’échanges. Ils ont posé des questions, exprimé leurs préoccupations et obtenu des réponses directes.

Beaucoup de consommateurs pensent encore que l’hybride est compliqué, qu’il y a des incertitudes autour de la garantie ou de la batterie. Ce type de salon reste donc essentiel pour les rassurer, leur permettre d’obtenir des explications précises et de mieux comprendre ces technologies. La technologie hybride et électrique c’est l’avenir de la mobilité et l’ensemble des constructeurs investissent déjà dans cette direction.

Comment cette édition reflète-t-elle l’évolution du marché automobile marocain ?

Le marché automobile marocain a connu cette année une évolution spectaculaire, avec une progression de 35 % à fin août par rapport à fin août 2024. Une progression à laquelle on n’avait pas assisté depuis longtemps. C’est exceptionnel, et cela intervient à un moment où le marché automobile mondial connaît une grande mutation.

Il y a aujourd’hui un véritable engouement pour tout ce qui est véhicule électrique, hybride et électrifié, sous l’impulsion des réglementations. Les constructeurs s’orientent de plus en plus vers ces technologies, et la demande des clients évolue dans la même direction. On devient de plus en plus sensibles aux questions climatiques.

Au Maroc, nous ne sommes pas en reste : nous suivons la tendance. La part des véhicules électrifiés – hybrides, hybrides rechargeables et électriques – progresse également de manière significative. Cela fait plus de dix ans que les véhicules hybrides sont commercialisés sur le marché. Et depuis le début de l’année, l’offre s’est considérablement élargie et les ventes ont augmenté. C’est dans ce contexte que ce salon avait toute sa pertinence.

 

Dans un contexte de pression sur le pouvoir d’achat, comment le marché automobile parvient-il à maintenir sa dynamique ?

Le secteur a traversé plusieurs phases difficiles : la pandémie de Covid, puis une période d’inflation mondiale avec l’augmentation des prix des matières premières. Les prix avaient alors fortement augmenté, ce qui était difficile à absorber. Mais cette hausse était liée à la conjoncture internationale.

Aujourd’hui, les prix reviennent progressivement à des niveaux plus raisonnables. Depuis le début de l’année, on observe même une tendance à la baisse. Par exemple, certains modèles hybrides sont proposés à partir de 180 000 dirhams. On trouve aussi des véhicules de bonne taille en essence dès 140 000 à 150 000 dirhams. L’offre diesel reste présente, avec des prix qui démarrent à 180 000 dirhams.

Cette correction des prix explique en grande partie la progression significative du marché. Les nouvelles technologies, en particulier l’hybride, offrent aussi un avantage économique. Peut-être qu’à l’acquisition, elles restent un peu plus chères, mais à l’usage, elles consomment moins et représentent donc un gain réel pour le pouvoir d’achat des consommateurs.

Quels sont les principaux défis pour le secteur dans les prochaines années ?

Je pense que le marché va continuer à progresser, notamment grâce aux investissements importants qui sont en cours. Le Maroc se prépare à accueillir la Coupe d’Afrique en fin d’année et la Coupe du Monde dans cinq ans. Les projets engagés dans les infrastructures sur les prochaines années devraient dynamiser encore davantage le marché. La concurrence et les volumes contribueront aussi à tirer les prix vers le bas.

Le principal défi, pour nous, reste de rendre la voiture électrique plus accessible. Je parle ici des modèles 100 % électriques, qui ne fonctionnent qu’après recharge. Les ventes de ce type de véhicules demeurent faibles au Maroc.

La raison principale réside dans le manque d’infrastructures de recharge. L’offre de véhicules existe, les prix baissent. Aujourd’hui, on trouve des voitures électriques à partir de 200 000 dirhams, ce qui est abordable. Mais il n’y a pas encore de réseau de recharge rapide suffisant pour rassurer les clients. Lorsqu’ils veulent voyager, ils se demandent encore comment et où recharger. C’est donc le défi majeur de la mobilité au Maroc pour les prochaines années : développer un réseau de bornes de recharge.