[Tribune] Israël doit comprendre que la création d’un État palestinien est une affaire de justice et de temps

Par Jamal Amiar

Spécialiste des relations maroco-palestiniennes, Jamal Amiar, journaliste, auteur du livre “Le Maroc et les Palestiniens, 1960-2024”, dénonce la politique du gouvernement Netanyahu. Dans cette tribune, il appelle à une pression internationale accrue pour mettre fin aux bombardements et relancer le processus de paix, tout en rappelant l'engagement historique du Maroc en faveur d'une solution équilibrée au Proche-Orient.

Jamais depuis la Nakba de 1948 qui a vu des dizaines de milliers de Palestiniens expulsés, pourchassés, tués et chassés de leurs villes et villages par l’armée israélienne naissante, le peuple palestinien aura subi un tel déluge de bombardements et de morts à Gaza et une amplification massive de la répression et de la colonisation juive en Cisjordanie.

Jamal Amiar, journaliste, auteur du libre « Le Maroc et les Palestiniens 1960-2024 ».Crédit: DR

Depuis près de deux ans maintenant, plus de 62 000 Palestiniens ont été tués dont plus de 18 500 enfants, et 85 000 tonnes de bombes larguées au cours de plus de 120 000 opérations de bombardements.

Certains observateurs internationaux estiment que des dizaines de milliers de cadavres, jusqu’à 60 000, gisent sous les décombres à Gaza. 

Depuis près de deux ans, les journalistes internationaux sont interdits d’accès tandis que plus de 220 journalistes palestiniens ont été tués ou ciblés par l’armée israélienne selon Reporters Sans Frontières.

Près de 100 travailleurs humanitaires ont également trouvé la mort sous les bombes israéliennes pendant cette période.

Gaza est actuellement détruite et occupée à 80% par des adolescents-soldats israéliens dont plus de 900 sont morts, sacrifiés par leur hiérarchie, la moitié du bilan du funeste 7 octobre 2023.

Une dégradation rapide de la situation des Palestiniens en Cisjordanie

“Il est nécessaire de ne pas perdre de vue la dégradation rapide de la situation des Palestiniens en Cisjordanie occupée”

Jamal Amiar, écrivain et journaliste

Face à cette guerre d’Israël, au génocide et aux tentatives d’expulsion en cours à Gaza, nous tenons, nous-mêmes, partisans de la paix israélo-palestinienne et militants, au Maroc et à l’étranger, de la coexistence judéo-musulmane, à vivement condamner la politique de l’actuel gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu soutenu par les ministres extrémistes et racistes Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich.

Nous condamnons cette politique comme en son temps nous avons condamné le terrorisme du Hamas et son usage du kidnapping et des violences sexuelles comme armes de guerre.

Aujourd’hui, il est urgent de réaliser le maximum de pression possible contre le gouvernement Netanyahu pour :

  • L’entrée d’aides humanitaires et de fournitures médicales massives à Gaza ;
  • La réparation urgente des réseaux d’eau et d’électricité ;
  • La reconstruction urgente des écoles et des centres de santé ;
  • Fournir tout l’appui nécessaire aux camps de la paix israélienne et palestinien qui continuent de se battre sans relâche sur le terrain malgré les interdits et les provocations de la police de Netanyahu et de Ben Gvir.

Enfin, il est nécessaire de ne pas perdre de vue la dégradation rapide de la situation des Palestiniens en Cisjordanie occupée avec une multiplications des opérations militaires israéliennes, des destructions de biens, de projets de nouvelles colonies et d’arrestations massives de jeunes Palestiniens. 

9000 prisonniers politiques palestiniens

Au cours du mois d’août 2025, le gouvernement israélien a approuvé la construction de 3200 nouveaux logements, le fameux projet E1, qui va provoquer le déplacement de 5000 Palestiniens de leurs terres à l’est de Jérusalem. En août également, l’armée a détruit la plus importante pépinière agricole de Cisjordanie et procédé à l’arrachage de milliers d’oliviers !

Nous appelons l’opinion publique marocaine et notre diplomatie à rester vigilantes par rapport aux objectifs équilibrés de paix et de justice au Proche-Orient mis en avant et défendus depuis des décennies par le roi Hassan II et le roi Mohammed VI.

Cependant, aujourd’hui, la politique de Tel Aviv porte gravement préjudice aux relations bilatérales avec le Maroc, aux relations israélo-palestiniennes et israélo-arabes, et à des relations judéo-arabes et judéo-musulmanes apaisées et fructueuses.

Après deux ans de guerre, Israël doit retirer ses troupes de Gaza et le Hamas doit libérer les otages qu’il détient encore, tout comme Israël doit libérer les 9000 prisonniers politiques palestiniens qu’il détient. 

Israël doit cesser, de manière paternaliste et raciste, de vouloir décider de qui sera son interlocuteur dans les négociations sur Gaza, la Cisjordanie et la paix. Tel Aviv doit comprendre que l’Autorité palestinienne est légitime et que la création d’un État palestinien est une affaire de justice et de temps.

C’est à ce prix-là, et avec d’autres concessions douloureuses des deux côtés, que les deux peuples vivront en paix, en sécurité et dans la dignité. 

Contrairement à ce que les extrémistes des deux bords répètent, les deux peuples se connaissent et savent travailler ensemble. 

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Jamal Amiar est journaliste et écrivain. Il est l’auteur du livre Le Maroc, Israël et les Juifs marocains, publié en 2022 et de Le Maroc et les Palestiniens, 1960-2024, publié en 2025.

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