Bornes de recharge : le chaînon manquant de la révolution électrique

DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Si les voitures électriques séduisent de plus en plus, leur essor se heurte encore à une infrastructure de recharge limitée et inégale. Entre initiatives privées dispersées et absence de stratégie nationale, le Maroc peine à bâtir un réseau à la hauteur de ses ambitions.

Les vitrines automobiles regorgent de modèles dernier cri, les publicités vantent l’autonomie des batteries et les chiffres confirment l’engouement : plus de 2 400 voitures 100 % électriques ont été immatriculées au premier semestre 2025. Mais dès que l’on quitte le showroom pour la route, le constat est clair : sans bornes de recharge, la révolution reste inachevée.

Selon les estimations des professionnels, le royaume ne compte qu’un peu plus de 600 bornes publiques, concentrées à Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger et Agadir. Ailleurs, c’est le vide. Les trajets interurbains deviennent un casse-tête, les zones rurales des impasses, et même le réseau autoroutier ne dispose que d’une cinquantaine de bornes. À cinq ans du Mondial 2030, difficile d’imaginer accueillir des flottes de visiteurs étrangers habitués à des infrastructures denses et fiables.

Le problème n’est pas seulement quantitatif, mais aussi qualitatif. La majorité des équipements plafonne à 22 kW, soit plusieurs heures pour une recharge complète. Les bornes rapides (50 kW) restent rares, et les ultra-rapides (150 à 350 kW) quasi absentes. Dans ces conditions, la voiture électrique demeure confinée à un usage urbain ou à de courts trajets, loin de l’idéal de liberté promis par la mobilité verte.

Un secteur en attente de cadre

Ces limites révèlent un problème structurel : l’absence de stratégie nationale claire. Ni standard technique, ni plan coordonné, ni incitations financières. Résultat, ce sont aujourd’hui des acteurs privés — concessionnaires, hôteliers, groupes pétroliers comme Afriquia ou TotalEnergies, mais aussi opérateurs spécialisés qui installent leurs propres bornes, chacun avec son application, sa carte et ses tarifs. Un puzzle fragmenté qui complique l’expérience des usagers, mais traduit aussi la volonté d’occuper le terrain en attendant un cadre commun.

Les projets, eux, ne manquent pas. ADM prévoit d’équiper progressivement ses aires d’autoroutes. Le groupe Ratibecom annonce 1 000 bornes rapides, soit près de 2 000 points de recharge, dans tout le pays d’ici cinq ans. Plusieurs promoteurs immobiliers intègrent désormais des bornes dans leurs complexes, et des stations apparaissent aussi dans des zones touristiques. Si beaucoup restent encore au stade d’annonces, la pression de la demande et l’échéance du Mondial 2030 devraient accélérer leur concrétisation.

La voiture électrique incarne l’avenir. Et si les bornes restent aujourd’hui le maillon faible, elles sont aussi le champ d’opportunité le plus prometteur. À condition de transformer ce maillage épars en un réseau dense, rapide et interopérable, la mobilité verte pourrait bien devenir l’une des vitrines de la transition énergétique marocaine.