Maroc/Algérie : l’appel de la raison… et du cœur

Par Abdellah Tourabi

Dans le dernier discours du Trône, on retrouve les éléments du bilan d’un quart de siècle de règne. Le souverain a ainsi mis en avant les choix économiques et stratégiques du Maroc, dont le succès est avéré. On peut citer en exemple les industries de l’automobile et de l’aéronautique, ainsi que d’autres secteurs clés de l’économie nationale.

Le choix de se doter d’infrastructures modernes et performantes (routes, connexions ferroviaires, ports, etc.) a également été souligné, avec la perspective de leur développement continu en vue de la Coupe du Monde 2030. La stabilité politique et le respect de la régularité des échéances électorales n’ont pas été oubliés, le roi ayant rappelé l’organisation du scrutin prévu l’année prochaine. Il n’est pas nécessaire d’être animé par un esprit chauvin ou courtisan pour admettre ces réalités.

Cependant, le discours a également mis en lumière les lacunes et les insuffisances. Il y a évidemment les disparités sociales et territoriales de plus en plus criantes, notamment entre le Maroc des grands centres urbains et celui du monde rural. La récente marche des habitants d’Aït Bouguemez est venue nous le rappeler, une fois de plus. Il existe deux Maroc : celui qui se déplace en train à grande vitesse et celui qui peine à accéder aux services de base (santé, éducation, etc.). Le défi des années à venir est que l’ensemble du pays soit entièrement tiré vers le haut et marche à la même cadence.

“L’appel royal est orienté vers l’avenir, et il devrait être soutenu par toutes les personnes, au Maroc et en Algérie, qui aspirent à la paix et à un véritable développement commun entre les deux pays”

Abdellah Tourabi

La partie du discours du Trône qui a suscité le plus de commentaires est celle de la “main tendue” à l’Algérie. Ce n’est pas la première fois que le roi rappelle dans ses discours la nature des liens séculaires entre les deux nations et appelle au dialogue et à la coopération entre Rabat et Alger. C’était déjà le cas il y a trois ans, à la même occasion. Mais cette année, cette politique de la main tendue intervient dans un contexte en pleine mutation.

L’appel du roi n’est pas dicté par une position de faiblesse ni par un besoin impérieux de solliciter la collaboration de l’Algérie, notamment sur la question du Sahara. Le Maroc engrange les soutiens des puissances occidentales, qui se rallient de plus en plus au plan d’autonomie proposé par Rabat ; de nombreux pays africains font de même, alors qu’Alger ne sort d’une crise diplomatique avec un pays que pour enchaîner une autre crise. Le bras de fer entre l’Algérie et la France est le dernier épisode de cette série de tensions. L’appel royal est orienté vers l’avenir, et il devrait être soutenu par toutes les personnes, au Maroc et en Algérie, qui aspirent à la paix et à un véritable développement commun entre les deux pays.

à lire aussi

Le spectre d’une escalade militaire entre les deux pays hante les esprits depuis quelques années, une escalade qui n’est dans l’intérêt de personne. Le Maroc essaie de poursuivre son chemin, bon an mal an, vers davantage de développement économique et social, et l’Algérie a également des défis similaires qu’elle devrait affronter. Un climat régional apaisé et serein pourrait avoir des retombées économiques et stratégiques infiniment plus importantes que la situation actuelle, qui conduit les deux pays vers un effort déraisonnable d’armement.

L’appel du roi Mohammed VI permet aussi de dépasser la haine qui s’est installée entre de jeunes générations au Maroc et en Algérie, qui n’ont jamais eu l’occasion de se croiser ni d’échanger réellement, et qui se manifeste dans les échanges fielleux sur les réseaux sociaux. Cet empoisonnement des cœurs et des esprits risque de se retourner un jour contre son propre pays, s’il n’est pas assaini et guéri. Il ne reste donc qu’à espérer que la main tendue par le roi retrouve une main accueillante et amicale auprès du pouvoir algérien. La raison doute, hélas, de cette possibilité, mais le cœur continue d’espérer, car il en va de l’intérêt de deux nations liées par la fatalité de la géographie et le poids de l’histoire.

à lire aussi