Nous voici arrivés à la fin d’une année épuisante, cher lecteur. Le Boualem, terrassé, attend l’été avec l’impatience d’un chauffeur de taxi, du genre de ceux qui considèrent chaque feu rouge comme une humiliation personnelle. Il est sur les nerfs, le bougre, extrêmement irritable, tout l’énerve.
Par exemple, il ne supporte pas cet embouteillage ridicule de festivals, qui se pointent tous à la même période de l’année. Comment expliquer que, pendant des mois, il ne se passe pas grand-chose et puis, soudain, tout le monde se déchaîne en même temps, condamnant les fans à l’ubiquité ou à la frustration.
Le Boualem a aussi appris que le Maroc était candidat à l’organisation de la prochaine Coupe du monde des clubs, et figurez-vous qu’elle est prévue l’année précédant la Coupe du Monde de 2030, la vraie. L’idée, c’est d’enchaîner, un peu comme pour les festivals, avec l’overdose comme risque et le plantage comme menace. Le sens de la mesure, par contre, n’est pas une menace : hamdoullah, nous en sommes visiblement préservés.
Le Boualem pourrait bien s’amuser à déployer son refrain classique, et argumenter sur un ou deux paragraphes sur cette subite passion nationale pour le foot et ses évènements mondiaux, qui s’accompagne d’un mépris infini pour notre brave Botola. Il pourrait, oui, expliquer qu’il serait temps de considérer le sort des locaux comme aussi important que notre très précieuse image à l’international, mais il n’en a pas la force. Car, au rythme où vont les choses, personne n’est sûr que la planète n’explose pas avant sous une ou deux bombes nucléaires. Donc, autant s’épargner des polémiques inutiles. Oui, les amis, on peut se lâcher, s’empiffrer, oublier les régimes et prendre des crédits, on est foutus de toute façon. Il faut se concentrer sur le court terme, c’est tout ce qui nous reste.
“Le Boualem, qui se plaint depuis des années de cette pénible manie qu’ont développée les Marocains de meubler la plage, est tombé sur une vidéo de nos autorités, découpant allègrement un parasol à la tronçonneuse”
La plage, par exemple, voilà une belle perspective. Et là aussi, il y a du nouveau, puisque la presse la plus sérieuse nous apprend, tenez-vous bien, que “l’Intérieur se mobilise contre les loueurs de parasols et de chaises sur les plages du Nord”. Intrigué par le titre, et impressionné par la majuscule, le Boualem a cliqué sur l’article et il est tombé sur une vidéo de nos autorités, découpant allègrement, à la tronçonneuse, un parasol.
Il y avait quelque chose de poétique dans cette scène, comme une réminiscence d’un passage de Don Quichotte avec le parasol dans le rôle d’un moulin à vent. Le Guercifi, il faut bien le préciser, considère que cette initiative est très inspirée. Il s’était déjà plaint, il y a des années, de cette pénible manie qu’avaient développée les Marocains de meubler la plage.
Alors oui, il faut ramener tout le monde à la raison, mais malgré ce principe, le Boualem ne peut s’empêcher de trouver ces démonstrations de force un peu étranges. Il y a quelque chose de bizarre à voir des uniformes se promener avec une tronçonneuse au milieu des plagistes, on a un peu l’impression qu’ils cherchent à rattraper des années de laxisme par cinq minutes de déchaînement.
C’est que le contexte dans lequel s’abat le bras inflexible de la loi n’est pas facile, pour rester poli. Peu de gens, chez nous, considèrent les textes de loi comme une chose très importante. Tous les jours, le Marocain voit sous ses yeux des dépassements, abus, arrangements et autres conflits d’intérêt, et il a fini par en conclure qu’à défaut de combattre cet état de fait, il fallait en profiter. Voilà où nous en sommes, les amis, mettons-nous donc en maillot de bain, et merci.
