Désolé, mais le Boualem revient à la charge, encore une fois. Il y a déjà plusieurs semaines, il geignait, dans ces mêmes colonnes, au sujet de l’ambiance toxique qui plombait notre football. Le bougre, se méprenant terriblement au sujet de sa propre importance, avait même lancé une sorte d’appel à la sérénité, un texte vibrant et naïf, comme s’il allait influencer quiconque. Eh bien, force est de constater que les choses vont de mal en pis. Petite parenthèse stylistique pour signaler que la dernière phrase est un hommage à notre presse des années 1980, si friande de ce type de tournures, c’est elle qui a formé le Boualem. Revenons au sujet, et merci.
Notre équipe nationale est quasiment qualifiée à la Coupe du Monde, et elle prépare la prochaine Coupe d’Afrique qui se jouera à la maison. Elle vient d’enchaîner douze victoires de suite et elle est classée 12e au classement FIFA, ce qui est objectivement glorieux. Pourtant, tout le monde est très énervé, et à chaque fois que notre coach prend la parole, il vexe quelques milliers de personnes supplémentaires.
Malgré les réussites indéniables de notre équipe nationale, et alors que nous nous préparons à accueillir des fêtes internationales du ballon rond, l’ambiance dans laquelle baigne notre football est horrible
On se demande comment un tel prodige est possible. Il faut se souvenir qu’on parle d’un homme qui, jadis, a emballé le pays par ses déclarations, son leadership, la pertinence de ses choix, il est question d’un entraîneur célébré par une bonne partie des supporters de la planète au cours de la dernière Coupe du Monde. Mais, depuis, nous avons, hélas, assisté à une dérive aussi triste qu’implacable : avec un florilège de déclarations maladroites, d’intimidations et de séances d’humiliations publiques pour tous ceux qui oseraient lui poser des questions. Au final, alors que nous nous préparons à accueillir une fête, l’ambiance dans laquelle baigne notre football est horrible.
Parce qu’il faut préciser qu’au niveau de nos clubs, la même morosité règne. Pourtant, c’est bien un club marocain, Berkane, qui a gagné la coupe de la CAF, et un autre, le WAC, qui s’en va aux États-Unies représenter l’Afrique. Mais cela ne suffit pas à effacer la sinistre impression que nous sommes à deux doigts de la crise de nerfs collective. Il serait trop long de lister les raisons de ces convulsions, puisqu’elles couvrent tout le champ d’activités du ballon rond : de l’arbitrage douteux à la programmation folklorique, en passant par les affaires judiciaires innombrables, le choix douteux des stades, la billetterie foireuse, la sécurité aléatoire des spectateurs, etc.
En vérité, c’est un festival de problèmes, une implacable collection de sujets énervants, il n’y a rien qui va. Certes, il faut rappeler que les réseaux sociaux poussent à la polémique, et que l’ambiance générale, elle non plus, n’est pas à la fête puisque nous sommes passés d’une pandémie à un tremblement de terre sur fond de crise économique. Avec, aussi, et ce n’est pas rien, un génocide financé par l’Empire du bien.
Voilà pourquoi il est important de rappeler que le football, c’est la joie. Tout ce qui est fait est fait pour donner du plaisir aux enfants, aux spectateurs, au public. Si nous organisons un championnat national, ce n’est pas pour nous écharper, mais pour nous rassembler, créer du lien et offrir un divertissement populaire, et si nous accueillons la CAN, c’est parce qu’il s’agit d’une fête sublime, et qu’elle met en valeur le pays qui l’abrite. Comment donc avons-nous fait pour louper ces objectifs, pourtant simples, dans des proportions aussi spectaculaires ? C’est un épais mystère, il fallait juste le rappeler, et merci.
