À moins de cent kilomètres du génocide qui est commis à Gaza, une autre guerre sévit, dans une relative discrétion, en Cisjordanie. Ce n’est pas la Palestine du Hamas, mais celle du Fatah – parti politique qui jouit d’un vernis de respectabilité internationale. Notre reporter y a documenté l’horreur ordinaire : des maisons pulvérisées, des destins fracassés, et l’humiliation quotidienne de tout un peuple. Cette violence crue – et gratuite- résonne jusqu’à nos frontières, touchant même notre société.
Loin des bombes de l’armée d’occupation israélienne, ce n’est pas la violence qui fait mal au Maroc. Mais le silence. Cette semaine, une simple rumeur – un porte-conteneurs danois prétendument chargé d’armes israéliennes transitant par Tanger – a suffi pour embraser les quais des ports de Tanger et Casablanca. Comme toujours, le mouvement Al Adl Wal Ihsane s’est empressé de transformer – avec la même agilité que pendant les manifestations du 20 février – l’indignation populaire en dividendes politiques. La réaction des autorités a été quasi-immédiate puisque la contestation a été dispersée sans ménagement.
Une simple rumeur – un porte-conteneurs danois prétendument chargé d’armes israéliennes transitant par Tanger – a suffi pour embraser les quais des ports de Tanger et Casablanca.
Le recours à la violence aurait pu être évité. Car l’État s’est distingué par son silence. Pas l’ombre d’un démenti officiel. Pas la moindre clarification institutionnelle. Pourtant, sur la scène internationale, le royaume joue cartes sur table concernant Israël. Si Rabat maintient des relations avec Tel-Aviv, notre diplomatie condamne sans ambiguïté les bombardements israéliens, plaide pour un cessez-le-feu et dénonce les exactions de l’armée d’occupation israélienne.
Mais cette lucidité s’évapore à l’intérieur de nos frontières. Or, le silence profite aux opportunistes, comme l’ont démontré les événements de cette semaine. Et ce mutisme nourrit la méfiance envers nos gouvernants, tout en offrant une plateforme aux discours extrémistes en quête de légitimité politique.
“Le mutisme de l’État nourrit la méfiance envers nos gouvernants. Le citoyen s’abreuve de sources alternatives, souvent toxiques, creusant davantage le fossé entre les Marocains et leurs institutions”
Cette méthode a un coût. En reléguant les médias crédibles au rang de simples porte-voix de communiqués aseptisés, nos décideurs ont déserté un terrain stratégique. Que reste-t-il de cette ère, aux prémices du règne, quand notre corporation était abreuvée de briefings confidentiels sur les dossiers sensibles, nous permettant d’éclairer intelligemment l’opinion publique ? Aujourd’hui, le vide est comblé par des interprétations hasardeuses, des récupérations politiciennes, voire des ingérences étrangères. Le citoyen, lui, s’abreuve déjà de sources alternatives, souvent toxiques, creusant davantage le fossé entre les Marocains et leurs institutions.
Le silence officiel de cette semaine n’est pas une erreur isolée. C’est un mode de gouvernance assumé. Deux semaines après la fuite massive des données personnelles de près de deux millions de Marocains affiliés à la CNSS, toujours pas l’ombre d’une audition parlementaire, pas le moindre éclaircissement public. Pas même un parti politique disposé à porter le flambeau de la protection des données des citoyens. Le gouvernement reste retranché derrière un mur de silence. Après tout, l’indignation s’évapore vite, et l’Exécutif fait de l’amnésie collective sa stratégie de prédilection. Voilà, sans doute, le véritable drame du Maroc de 2025.
