[Tribune] Tourisme et environnement : l’urgence d’agir aux cascades d’Ouzoud

Par Said Marghadi

Les cascades d’Ouzoud, avec leurs chutes majestueuses de 150 mètres de hauteur, figurent parmi les sites touristiques les plus prisés du Maroc. Pourtant, derrière cette beauté naturelle se cache une réalité préoccupante : la dégradation de l’environnement due à un tourisme anarchique et incontrôlé.

Le modèle touristique actuel, basé principalement sur des excursions d’une journée depuis Marrakech, n’est ni rentable pour les habitants locaux ni bénéfique pour la préservation de la nature.

Saïd Marghadi est guide, réalisateur, entrepreneur, militant écologique, président de Touda Ecolodge et de l’écomusée Vallée des Bougmez.Crédit: DR

Parmi les victimes de cette surfréquentation, les singes magots, censés vivre à l’état sauvage, subissent un processus de domestication forcée. Attirés par la nourriture offerte par les touristes désireux d’immortaliser leur rencontre en photo, ces primates deviennent dépendants d’une alimentation artificielle. Un véritable commerce s’est ainsi développé autour de cette pratique, avec l’apparition de vendeurs de cacahuètes.

L’appauvrissement de leur écosystème, aggravé par la sécheresse, a renforcé cette dépendance. Or, une alimentation déséquilibrée à base de cacahuètes engendre de nombreux problèmes de santé : obésité, baisse de fertilité et malnutrition pour les individus les plus faibles. À cela s’ajoutent d’autres menaces, telles que la prédation par les chiens errants et la destruction progressive de leur habitat naturel.

En haute saison, les cascades accueillent des milliers de visiteurs par jour. Imaginez la quantité de cacahuètes ingérées par ces singes ! Mais que se passe-t-il en basse saison ? Privés de cette source de nourriture artificielle, ils se rabattent sur les déchets laissés par les touristes, notamment du plastique et du papier.

L’équilibre écologique de la région, déjà fragile en raison des conditions climatiques difficiles, est aussi menacé par une pollution massive. Les visiteurs, principaux consommateurs de bouteilles en plastique sur le site, en abandonnent des milliers sans qu’aucune solution de recyclage ne soit mise en place. Cette pression excessive sur les ressources nuit gravement au bien-être des habitants et à la pérennité de ce site exceptionnel.

Face à cette situation alarmante, des mesures concrètes doivent être prises. L’instauration d’une taxe d’entrée au site pourrait être une solution viable. Les fonds collectés serviraient notamment à financer l’acquisition d’une machine de déchiquetage du plastique, facilitant son acheminement vers des centres de recyclage au Maroc.

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Cet argent pourrait également permettre la mise en place de toilettes publiques gratuites et le développement d’installations de traitement des eaux usées. Ces solutions simples et pratiques ne nécessitent ni des millions de dirhams ni des centaines de réunions interminables et de longues présentations PowerPoint…

Protéger les cascades d’Ouzoud et leur écosystème ne doit plus être une option, mais une priorité. Le tourisme doit cesser d’être un facteur destructeur pour devenir un levier de préservation durable. L’heure est venue d’agir pour sauvegarder ce joyau naturel avant qu’il ne soit trop tard.