Au Ghana, du courant grâce à des tourniquets dans les cours de récré

En jouant avec les tourniquets de leur cour de récréation, des enfants ghanéens chargent des batteries pour alimenter les lampes qui leur permettent de faire leurs devoirs le soir.

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Crédit : Florian Plaucheur/AFPTV.

La petite île de Pediatorkope, dans le sud-est du Ghana, est une des plus pauvres du pays. Aucune voiture n’y  circule et la population vivote en cultivant des moules sur le fleuve Volta. L’île, qui n’est pas reliée au réseau national de distribution  d’électricité, est plongée dans l’obscurité à la nuit tombée. Mais les écoliers  peuvent désormais s’éclairer pour étudier le soir… Grâce à l’énergie qu’ils  ont générée en jouant dans la journée.

Quand les élèves de l’école élémentaire de Pediatorkope font tourner les tourniquets en fer, dans la cour de récréation, une turbine connectée à une  batterie permet de recharger des lampes LED. Ces lampes, dotées d’une autonomie d’une quarantaine d’heures, sont  distribuées aux enfants, qui peuvent désormais se réunir en fin d’après-midi  pour faire leurs devoirs.

Pour Gerson Kuadegbeku, enseignant dans cette école, cet ingénieux procédé, mis en place par l’ONG américaine Empower Playgrounds, a déjà permis d’améliorer les résultats des élèves. « Avant, les enfants avaient de mauvais résultats à l’école, mais grâce à  ces lampes, le programme est mieux assimilé », reconnaît-il.

Regarder la vidéo de promotion de l’ONG :

Crise énergétique

Le Ghana, deuxième puissance économique d’Afrique de l’Ouest, est paralysé  par une crise énergétique sans précédent qui ralentit son activité économique. Parfois, les coupures d’électricité peuvent durer jusqu’à 24 heures. Le gouvernement, très critiqué pour ne pas avoir réussi à maintenir la croissance économique prometteuse de ce pays qui a commencé à extraire du pétrole en 2010, a signé de nouveaux contrats, récemment, avec des compagnies  privées d’électricité. Mais la situation risque de mettre du temps à  s’améliorer et, en attendant, la demande de générateurs électriques augmente.

Certaines entreprises ont menacé de quitter le pays, d’autres ont dû licencier à cause de la baisse d’activité. Le principal parti d’opposition, le Nouveau parti patriotique (NPP), est descendu dans la rue, le mois dernier, pour dénoncer la paralysie des  entreprises et réclamer des solutions de la part du président John Dramani  Mahama. « Si, en tant que gérant d’une entreprise, on doit avoir recours à un  générateur électrique avant de pouvoir commencer à produire, c’est qu’il y a un vrai problème », s’est indigné le député d’opposition Isaac Osei.

Créer de l’énergie en jouant

Si la situation est préoccupante à Accra, la capitale, c’est encore pire encore dans les zones rurales. Et dans ces régions pauvres, les enfants, souvent obligés d’aider leurs parents dans leurs tâches agricoles après l’école, sont ensuite empêchés de faire leurs devoirs, à la nuit tombée, par manque de lumière. Grâce aux tourniquets producteurs d’électricité, les enfants des zones rurales augmentent leurs chances de poursuivre leurs études au-delà de l’école primaire, explique George Thompson, directeur de projet pour Empower Playgrounds.

« Pour l’instant nous sommes présents dans 42 écoles » du Ghana, a-t-il précisé à l’AFP. « Selon nos études, (ce projet) a vraiment permis à ces enfants de faire des progrès dans leur scolarité », a-t-il ajouté. « Tout ce que nous attendons de la communauté est qu’elle s’assure que, quand ces enfants ramènent ces lampes à la maison, elles soeint utilisées à bon escient, pour les devoirs ».

Forte du succès de ces manèges écologiques, l’ONG a aussi créé une petite unité productrice d’énergie d’origine solaire sur l’île. Les habitants peuvent  s’équiper d’une batterie qui leur permet de faire marcher quelques lampes et de  recharger leur téléphone à la station pour la somme de 500 cédis (environ 130 euros). Humphrey Teye Ayeh, un habitant de Pediatorkope, dit avoir fait cet investissement à cause de la hausse du prix du kérosène avec lequel il  alimentait son générateur. La batterie qui tient un mois, dit-il, doit ensuite être emmenée à recharger pour cinq cédis (1,30 euro) supplémentaires. « Notre objectif n’est pas de faire des bénéfices mais de faire de ce système un projet durable » et de financer l’entretien de la station notamment, explique M. Thompson.

Emmanuel VORGBE pour AFP

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