Le Barrage de Bin el Ouidane. Crédit: DR

Stress hydrique : la fin de la sécheresse, vraiment ?

Le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a annoncé la fin d’un cycle de sept ans de sécheresse au Maroc. Le retour des pluies a amélioré la situation hydrique et les perspectives agricoles. Mais s’agit-il d’une véritable sortie de crise, ou seulement d’un répit ?

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Devant la Chambre des représentants, Nizar Baraka a expliqué que, du 1er septembre 2025 au 12 janvier 2026, le Maroc avait enregistré 108 mm de précipitations, soit un excédent de 95 % par rapport à l’année précédente et de 17,6 % par rapport à la moyenne habituelle.

À cette date, les barrages affichaient un taux de remplissage de 46 %, pour un stock de 7,7 milliards de m³. Deux semaines plus tard, ce volume est monté à 8,83 milliards de m³, portant le taux de remplissage à 52,6 %. Le barrage Al Massira, deuxième plus grand réservoir du Royaume, résume à lui seul cette remontée, avec un taux passé à 31,73 % début mars, contre 2,3 % à la même période de l’année précédente.

Une campagne relancée

Cette amélioration a rapidement changé la lecture de la campagne agricole. Dans son Budget économique prévisionnel 2026, le Haut-Commissariat au Plan relève que les pluies enregistrées à partir de la fin novembre ont permis de rattraper le retard du début de saison et de redresser les perspectives.

L’institution prévoit ainsi une hausse de 10,4 % de la valeur ajoutée agricole en 2026, après une progression estimée à 4,5 % en 2025, en partant de l’hypothèse d’une récolte céréalière supérieure à la moyenne. Les effets se voient déjà dans les pâturages, dans l’état des cultures et dans les attentes autour de la campagne de printemps.

Un mieux qui ne règle pas tout

La Banque mondiale rappelle que la disponibilité en eau renouvelable par habitant est tombée autour de 620 m³ par an en 2020, contre 2560 m³ en 1960…

Peut-on pour autant parler d’une sortie durable de la sécheresse ? Pour le climatologue Mohammed Said Karrouk, cité par Finances News Hebdo, la prudence reste de mise. Il estime qu’on ne peut pas qualifier la situation actuelle de fin de la sécheresse, ni sur le plan scientifique ni sur le plan environnemental. Pour lui, l’année en cours doit plutôt être décrite comme une année humide qui rompt avec la séquence précédente, sans pour autant marquer un basculement durable du régime hydrique.

Les données disponibles vont dans le même sens. La Direction de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole, relevant du ministère de l’Agriculture, a évalué la dotation agricole réservée à l’irrigation à partir des barrages pour la campagne 2024-2025 à environ 880 millions de m³. Cela représente à peine 17 % des volumes prévus dans les documents de planification de l’eau, estimés à 5,3 milliards de m³ par an.

À cela s’ajoute une autre réalité. Dans sa note technique sur la pénurie d’eau et les sécheresses, la Banque mondiale rappelle que la disponibilité en eau renouvelable par habitant est tombée autour de 620 m³ par an en 2020, contre 2560 m³ en 1960, et que le Maroc pourrait passer sous le seuil de pénurie absolue de 500 m³ à l’horizon 2030. Dans plusieurs régions du centre et du sud, notamment le Tadla, le Tensift et le Souss, les nappes restent très dégradées et leur reconstitution demandera du temps, selon le climatologue Mohammed Saïd Karrouk.

La question est donc moins de savoir si la situation s’est améliorée, car elle s’est objectivement améliorée, que de mesurer si ce regain suffit à corriger un déséquilibre installé depuis plusieurs années.