TelQuel : Le rapport de Mastercard prévoit que les paiements numériques atteindront 1,5 billion de dollars en Afrique d’ici 2030. Quelles sont, selon vous, les conditions nécessaires pour que cette projection devienne réalité dans des marchés comme le Maroc ou le Maghreb ?
Mohamed Benomar : Trois leviers sont indispensables : une infrastructure numérique solide, une réglementation favorable et une collaboration locale. Le Maroc affiche déjà une ambition claire à travers sa Stratégie numérique 2030. Nous l’accompagnons via des partenariats avec l’Agence de développement du numérique, en modernisant les services publics et en développant les paiements numériques. Mais des défis subsistent : 77 % des PME n’acceptent toujours pas les paiements numériques. En leur fournissant les bons outils, de la formation et du soutien, on peut accélérer leur intégration dans l’économie numérique formelle.
Mastercard est engagé auprès des MPME africaines, notamment via l’initiative MADE Alliance et la plateforme Community Pass. En quoi ces dispositifs sont-ils adaptés au tissu entrepreneurial nord-africain ?
Les PME sont un pilier de l’économie marocaine. En 2024, 67 % d’entre elles prévoyaient de maintenir ou d’augmenter leur chiffre d’affaires. Nous les accompagnons dans cette dynamique avec des solutions concrètes. Des outils comme Tap on Phone ou QR Pay by Link facilitent l’acceptation de paiements numériques à faible coût. Nos partenariats avec BANK OF AFRICA ou Crédit du Maroc permettent également d’accéder à des services financiers adaptés qui optimisent les opérations. Par ailleurs, nous investissons dans l’éducation financière avec la Mastercard Academy et des modules en ligne. Alors que le PIB du Maroc devrait croître de 3,5 % en 2025, notre objectif est de préparer les PME à une transition réussie vers une économie numérique.
L’Afrique est devenue un vivier de fintechs. Comment Mastercard soutient-elle leur développement ?
Nous voyons les fintechs comme des partenaires à part entière. Au Maroc, nous encourageons leur développement à travers le programme Fintech Express, qui facilite leur mise en marché, et en leur fournissant des API sécurisées ainsi que des outils d’expansion. Notre partenariat avec le CMI a permis de développer des cartes co-badgées et de favoriser l’adoption des paiements électroniques. D’un point de vue réglementaire, nous collaborons avec les autorités publiques pour promouvoir un cadre propice à l’innovation, tout en assurant la protection des consommateurs. L’objectif est de bâtir un environnement de confiance, dans lequel les fintechs peuvent croître durablement.
Qu’en est-il des transferts transfrontaliers, si essentiels pour l’économie africaine ?
Ils sont cruciaux, surtout pour des pays comme le Maroc, soutenus par leur diaspora. En 2023, l’Afrique a reçu près de 100 milliards de dollars de transferts, soit environ 6 % de son PIB. Notre plateforme Mastercard Move facilite ces flux grâce à un accès en temps réel à des comptes bancaires, portefeuilles mobiles et plus de 300 000 points de retrait dans 180 pays. L’interopérabilité et la livraison au dernier kilomètre sont clés, notamment en zones reculées. Grâce à notre réseau et à des outils de sécurité avancés, chaque transaction reste rapide, traçable et protégée.
