En cette matinée de Ramadan, des effluves appétissantes embaument les cuisines du café-restaurant “Le Coin Anaïs” à Bouskoura. Plusieurs jeunes sont à pied d’œuvre pour préparer différents mets salés et sucrés typiques de ce mois béni. Pâtisseries marocaines, pastilla, viennoiseries, pizza, fondant au chocolat… le menu est varié pour satisfaire tous les goûts.
Parfaitement concentrés et appliqués, ils s’attèlent à leurs tâches avec détermination et sérieux pour présenter à la clientèle des pâtisseries et des plats faits maison succulents. Ils sont des jeunes en situation de handicap mental, notamment porteurs de la trisomie 21.
Accompagnés de formateurs qualifiés et bienveillants qui les encadrent et les orientent au quotidien, ils s’en donnent à cœur joie dans une ambiance conviviale et bon enfant.
Proposant un service à table, un service traiteur et un service de livraison aux particuliers et aux professionnels, “Le Coin Anaïs” ne laisse personne indifférent par son concept unique et son engagement social. Son principal objectif est de véhiculer un message d’espoir en faveur de l’insertion socio-professionnelle des jeunes en situation de handicap mental.
Porté par l’Association nationale pour l’intégration des personnes en situation de handicap mental “Anaïs”, ce projet inclusif, qui a vu le jour en 2020 à Bouskoura, fait de la problématique des difficultés d’accès des jeunes en situation de handicap mental au marché de l’emploi son cheval de bataille. Il s’agit ainsi de mettre ces jeunes dans une situation réelle de travail tout en renforçant leur autonomie et leur confiance en soi.
Un tremplin vers le marché du travail
Pour Hamid Boutouil, responsable du pôle éducatif et social à l’association “Anaïs”, ce café-restaurant offre à des bénéficiaires de l’association, porteurs d’un handicap mental, une occasion d’effectuer des stages et les met dans une situation réelle de travail, ce qui constitue ainsi un tremplin pour leur insertion professionnelle.
“Pendant le mois de Ramadan, nous essayons de diversifier la production et de proposer les mets les plus prisés lors de ce mois sacré”, a-t-il fait savoir, notant que “Le Coin Anaïs” propose ses services tout au long de l’année, et ce afin de mettre en avant les capacités des personnes en situation de handicap mental.
Il s’agit surtout, selon lui, de démontrer qu’avec une bonne formation et un accompagnement adéquat, ces personnes ont des potentialités et sont bien capables d’avoir accès au marché du travail.
“Notre priorité est de sensibiliser concrètement à une insertion professionnelle appropriée des personnes en situation de handicap mental et lutter contre la discrimination dont elles peuvent être victimes”, a-t-il ajouté.
Pour sa part, Latifa Arsalane, responsable du pôle communication et levée des fonds de l’association “Anaïs”, a souligné que cet espace de restauration solidaire est un projet innovant qui vise à favoriser l’insertion socio-professionnelle des jeunes en situation de handicap mental.
“Dans le cadre du développement de l’association “Anaïs”, nous avons pu développer ce projet solidaire et innovant qui est d’une part, un lieu de stage où les jeunes bénéficiaires de l’association font le service et se retrouvent face à la clientèle, ce qui constitue un exercice très important avant de pouvoir intégrer le milieu professionnel. D’autre part, c’est le groupe de l’atelier pâtisserie et restauration de l’association qui alimente les vitrines du café-restaurant”, a-t-elle indiqué à la MAP.
Selon elle, l’association “Anaïs” a créé ce concept de café-restaurant inclusif avec le but de “pouvoir le dupliquer auprès de nos partenaires et faciliter ainsi l’intégration professionnelle de ces jeunes”.
Dans le cadre de son ouverture à l’international, a-t-elle ajouté, l’association a été sélectionnée pour accompagner une structure au Gabon pour dupliquer le modèle du “Coin Anaïs”.
“Nous avons pu former 54 Gabonais et accompagner le développement de cette structure au-delà des frontières. C’est une grande fierté”, s’est-elle réjouie.
À travers “Le Coin Anaïs”, l’association vise à donner davantage de visibilité à la cause des personnes en situation de handicap mental, à leur autonomisation et à leur inclusion sociale, a-t-elle ajouté.
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Un accompagnement de la naissance à l’âge adulte
La prise en charge à l’association “Anaïs” est structurée autour de plusieurs tranches d’âge, comme le précise la responsable du pôle communication. “L’association a été créée par un groupe de parents en février 1991 et a commencé ses activités avec 5 enfants. A ce jour, nous sommes à peu près à 270 bénéficiaires, de la naissance à l’âge adulte”, avec un cursus pour accompagner les bénéficiaires via trois structures.
La première structure, a-t-elle relevé, est dédiée à la petite enfance. “C’est un centre d’intervention précoce destiné aux enfants de la naissance à l’âge de 6 ans avec une équipe multidisciplinaire qui fait un travail d’accompagnement et adapte ses outils d’intervention en fonction des besoins spécifiques de chaque bénéficiaire pour mieux stimuler l’enfant et favoriser son éveil dès son plus jeune âge. Un important travail se fait avec ces enfants pour pouvoir les intégrer dans un milieu scolaire ordinaire”.
Dans la deuxième structure, “nous avons des classes intégrées dans une école ordinaire et on prend en charge les enfants de 6 à 14 ans. C’est beaucoup plus axé sur la scolarisation et sur l’autonomie de manière générale”, a-t-elle ajouté.
S’agissant de la troisième structure, destinée à des bénéficiaires de 14 ans et plus, elle porte, selon la créatrice, sur l’initiation et la formation professionnelle de ces jeunes à des métiers comme la blanchisserie, la restauration, la pâtisserie, le jardinage, la sérigraphie, etc. “Nous essayons d’accompagner ces jeunes pour faciliter leur apprentissage d’un métier qui est adapté à leur handicap et pour faciliter leur intégration dans un milieu professionnel”, a-t-elle expliqué.
“À ce jour, nous avons à peu près 15 jeunes qui sont en contrat à durée indéterminée (CDI)”, s’est-elle félicitée.
Pour Latifa Arsalane, le défi pour l’association est de pouvoir développer davantage ses projets éducatifs et les projets de vie en faveur des bénéficiaires.
“Pour ce faire, l’association a multiplié les efforts pour avoir les ressources nécessaires. Nous avons l’accompagnement du ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, de l’Initiative nationale pour le développement humain et de l’Entraide nationale. Par ailleurs, nous avons des partenaires qui nous soutiennent par rapport à des projets ou des parrainages d’enfants qui sont dans des situations précoces, mais le besoin demeure très grand pour soutenir la cause de ces enfants et jeunes en situation de handicap mental”, a-t-elle conclu.
Ghita, l’une des bénéficiaires de l’association, s’est dite “très heureuse” d’effectuer un stage au café-restaurant “Le Coin Anaïs” et de pouvoir mettre en avant ses compétences et ses aptitudes. Comme elle, plusieurs jeunes en situation de handicap mental rêvent d’un avenir meilleur et nourrissent l’espoir de surmonter les obstacles et les préjugés qui freinent leur autonomie, leur épanouissement et leur insertion socio-professionnelle.
(Avec MAP)
