Une jeune femme de 24 ans, en situation de handicap mental, a été victime à Aghbala, dans la province de Béni Mellal, d’une exploitation sexuelle ayant entraîné une grossesse, révélant les failles profondes du système de protection des femmes handicapées au Maroc.
Dans un communiqué publié vendredi, l’Organisation marocaine pour les droits des femmes en situation de handicap tire la sonnette d’alarme.
Un appel à l’aide de la famille
Selon Samira Bekhti, présidente de l’ONG contactée par TelQuel, la mère de la victime a signalé que sa fille, qui souffre d’un handicap mental et dispose d’une carte pour personnes handicapées délivrée par le ministère de la Solidarité, avait été victime d’un viol répété par quatre individus.
La jeune femme a été présentée devant le parquet, et une confrontation avec les mis en cause a eu lieu, mais ceux-ci ont nié les faits. Les suspects sont actuellement en liberté, dans l’attente des suites de l’enquête.
L’ONG déplore l’absence de procédures efficaces pour protéger les femmes et filles en situation de handicap. “L’absence de mécanismes de suivi et de signalement adaptés aux besoins des femmes en situation de handicap, que ce soit au niveau local, sanitaire ou social, expose cette catégorie à des violations graves sans protection ni respect de leur dignité”, déplore-t-elle.
Elle souligne également que cet incident n’est pas isolé : “En élevant notre voix aujourd’hui en solidarité avec cette victime, nous élevons aussi la voix de toutes les femmes qui ne peuvent parler et qui ne trouvent personne pour les entendre. La dignité humaine est indivisible… la protection n’est pas un privilège mais un droit fondamental”.
L’organisation appelle ainsi à l’ouverture d’une enquête urgente et impartiale pour identifier les responsables et garantir leur condamnation, la création d’un système de protection efficace pour les femmes et filles handicapées, et une révision du cadre juridique pour inclure explicitement la protection renforcée des femmes et filles en situation de handicap.
L’ONG confirme par ailleurs sa disponibilité pour accompagner la famille sur les plans juridique, psychologique et des droits humains.
Ce que dit la loi
Selon le Code pénal marocain, l’article 486 punit le viol de 5 à 10 ans de réclusion, portée à 10 à 20 ans “si le viol a été commis sur la personne d’une mineure de moins de dix-huit ans, d’une incapable, d’une handicapée, d’une personne connue par ses facultés mentales faibles, ou d’une femme enceinte”. Des circonstances aggravantes (ascendant, tuteur, fonctionnaire, complicité) peuvent également faire monter la peine à 20 à 30 ans de prison (articles 486 et 487).
