Cette tendance, observée depuis plusieurs années, semble se confirmer durant ce Ramadan, portée par une recherche accrue d’équilibre alimentaire, de bien-être digestif et d’alternatives jugées plus saines pour la rupture du jeûne et le Shour.
Les consommateurs affichent de plus en plus une attention soutenue à la composition des produits, privilégiant des références perçues comme plus naturelles ou mieux adaptées aux contraintes du jeûne.
Dans une pâtisserie de Kénitra, cette évolution se reflète concrètement dans les pratiques de production. Aux côtés des sacs de farine de blé s’alignent désormais ceux de farine d’amande et de riz, tandis que le sucre blanc cède parfois la place au miel brut ou au sirop de dattes. Le chocolat noir sans sucre ajouté fait également son apparition dans certaines préparations.
Le propriétaire de l’établissement confirme cette orientation, sans pour autant parler de bouleversement. « Il ne s’agit pas d’une révolution. Les recettes traditionnelles demeurent les plus demandées. Toutefois, chaque année, un nombre croissant de clients sollicite des versions plus légères », explique-t-il.
Selon lui, l’objectif n’est nullement de dénaturer les spécialités emblématiques du mois sacré : « La chebakia traditionnelle reste incontournable. Elle fait partie intégrante du Ramadan. Mais nous proposons également une version à base de farine d’amande, exclusivement sucrée au miel. Pour le sellou, nous avons élaboré une recette sans sucre raffiné, enrichie en graines et avec une torréfaction plus douce afin de préserver les saveurs. Les consommateurs souhaitent se faire plaisir sans sensation de lourdeur ».
Adapter des recettes ancestrales requiert toutefois un travail minutieux. « L’élimination du sucre blanc ou de la farine classique modifie entièrement la texture, l’équilibre gustatif et même la conservation des produits. Nous avons dû procéder à de nombreux essais avant d’aboutir à un résultat satisfaisant. La clientèle est exigeante. Si le goût n’est pas au rendez-vous, l’adhésion ne suit pas », fait savoir ce professionnel.
Cette recherche d’équilibre se retrouve également dans les préparations salées. Certaines briouates sont désormais cuites au four plutôt que frites, tandis que des feuilles à base de riz remplacent parfois la pâte traditionnelle pour répondre aux besoins des personnes évitant le gluten. « Nous tentons de réduire les matières grasses lorsque cela est possible, sans trahir l’esprit des recettes », précise-t-il.
Du côté des consommateurs, les motivations sont principalement liées au confort durant le jeûne. « Pendant Ramadan, le rythme alimentaire change totalement. Lorsque l’iftar est trop copieux, on en ressent les effets toute la nuit et le lendemain », confie une cliente venue passer commande, ajoutant que « ces versions plus légères permettent de conserver de l’énergie sans sensation de saturation ».
Les mets traditionnels demeurent au centre de la table familiale. Harira, chebakia et sellou ne sont nullement remis en cause, mais certaines familles ajustent les quantités, privilégient les sucres naturels et optent pour des modes de cuisson plus sains. Des modifications discrètes, mais révélatrices d’une attention accrue portée à l’alimentation.
Les raisons de cette évolution sont multiples. Il est question, entre autres, d’une meilleure prise de conscience des intolérances alimentaires, des préoccupations liées au diabète, au cholestérol ou aux troubles digestifs, ou encore d’une simple recherche de légèreté durant une période où l’organisme est particulièrement sollicité.
Cette transition comporte néanmoins un impact financier. Les farines alternatives et certains ingrédients spécifiques, parfois importés, affichent des coûts plus élevés. « Les matières premières sans gluten ou les édulcorants naturels sont plus onéreux, c’est un fait », reconnaît le pâtissier. « Nous faisons en sorte de contenir les prix, mais ces produits restent positionnés sur un segment de niche. Les clients qui les choisissent le font en toute connaissance de cause », poursuit-il.
Parallèlement, les habitudes d’achat évoluent. Les consommateurs accordent une attention croissante aux étiquettes, s’informent sur l’origine des ingrédients et privilégient de plus en plus les préparations artisanales, jugées moins transformées.
Au final, il ne s’agit ni d’un phénomène de mode ni d’un reniement des traditions culinaires. C’est plutôt un ajustement progressif, visant à concilier l’attachement aux saveurs héritées de l’enfance avec une conscience accrue des enjeux de santé et d’équilibre alimentaire.
(avec MAP)
