Il s’agirait d’un nouveau décret d’application introduisant une exception encadrée à l’article 27 du code de déontologie, permettant la substitution sous conditions précises ; la mise en œuvre du répertoire national des médicaments génériques comme référence scientifique obligatoire ; la signature d’une convention avec la CNSS reconnaissant et rémunérant équitablement l’acte professionnel de substitution ; et enfin une campagne nationale de sensibilisation à destination des professionnels et du grand public pour en expliquer les objectifs et garanties.
La substitution médicamenteuse n’est pas un privilège professionnel réclamé par le pharmacien, mais un devoir de santé publique
Dans ce contexte, Mohamed Lahbabi, président de la CSPM, a rappelé que « la substitution médicamenteuse n’est pas un privilège professionnel réclamé par le pharmacien, mais un devoir de santé publique, un acte responsable au service du patient et de la société ».
Il a souligné que les pharmaciens marocains se retrouvent souvent confrontés à des situations complexes lorsqu’un médicament prescrit est en rupture de stock, alors que l’article 27 du décret n° 2-63-486 leur interdit toute modification de l’ordonnance sans l’accord du médecin, même en urgence. Pourtant, la loi 17-04 sur le médicament et la pharmacie définit la mission du pharmacien comme l’analyse de l’ordonnance, la délivrance du médicament et le conseil au patient.
Lahbabi a rappelé que la Constitution, dans son article 31, garantit à chaque citoyen le droit à la santé et à la continuité des soins ; il estime donc indispensable d’adapter le cadre juridique aux réalités du terrain pour permettre au pharmacien d’assurer un service efficace et encadré.
Le ministère de la Santé et l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé ont lancé un projet de répertoire national des médicaments génériques, fondé sur des critères stricts de bioéquivalence et de contrôle pharmaceutique. Pour Lahbabi, ce répertoire constitue « la pierre angulaire d’un système de substitution sûr et transparent ». Il s’inscrit, selon lui, dans la politique nationale de souveraineté sanitaire et rejoint les recommandations de l’OMS ainsi que les expériences réussies de pays comme la France, la Belgique ou le Canada, où la substitution a permis d’assurer la continuité des traitements tout en rationalisant les dépenses de santé.
Le président de la CSPM a reconnu les réticences de certains médecins quant à la qualité des génériques : « Ce sont pourtant les mêmes médicaments qu’ils prescrivent chaque jour », a-t-il relevé. Le décret n° 2-17-429 impose en effet à tout médicament générique de prouver sa bioéquivalence avant d’obtenir son autorisation de mise sur le marché. Douter de ces normes, a-t-il ajouté, « porte atteinte à la confiance du citoyen envers tout le système de santé ».
Il a également souligné que refuser la substitution ne protège pas le patient : « Cela l’expose à l’interruption du traitement, surtout lorsque le contact avec le médecin est impossible », citant l’exemple de la période du Covid-19, où les pharmacies sont restées ouvertes 24 h sur 24 pour garantir l’accès aux soins.
Malgré la pression économique sur la profession, notamment la baisse des marges due à la révision des prix des médicaments, Lahbabi a insisté : « Le pharmacien marocain reste fidèle à sa mission première : servir le patient avant tout. » Il précise que la substitution ne lui apporte aucun gain financier supplémentaire, parfois même une perte, mais qu’elle permet d’alléger la charge économique des familles et d’assurer la continuité du traitement, en particulier dans les zones éloignées.
Enfin, il a conclu : « La substitution médicamenteuse ne diminue en rien le rôle du médecin ; elle renforce au contraire la chaîne de confiance entre le praticien, le pharmacien et le patient. » Pour lui, cette pratique constitue un outil de justice sanitaire et un pilier de la sécurité médicamenteuse nationale. « Il est temps de promouvoir une culture de coopération et de confiance plutôt que de rivalité et de méfiance », conclut-il.
