GenZ212 adresse un mémorandum au roi, demande la démission du gouvernement et une réforme politique globale

Dans une initiative inédite, le mouvement “GenZ212” a adressé au roi Mohammed VI un long mémorandum revendicatif, comportant un diagnostic de la situation sociale et politique du Maroc, et appelant à une intervention urgente pour rétablir la confiance entre citoyens et institutions.

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Au sixième jour de mobilisation, des centaines de jeunes du mouvement GenZ212 se sont rassemblés, place des Nations unies à Casablanca. Crédit: Yassine Toumi

Le document, signé par des jeunes se présentant comme des “porteurs d’un message national”, se veut une réaction aux “conditions de vie difficiles et à l’écart grandissant entre les droits constitutionnels et les textes légaux d’une part, et la pratique quotidienne d’autre part”.

Dans son préambule, la note souligne que les jeunes manifestants partent du principe du lien entre responsabilité et reddition des comptes, et de la garantie des droits fondamentaux des citoyens. Elle estime que la crise actuelle a révélé l’échec des institutions de médiation politique à remplir leurs rôles, ce qui a poussé la jeunesse à s’adresser directement au chef de l’État.

Les revendications politiques

L’un des points majeurs du mémorandum est un appel explicite à la démission du gouvernement actuel dirigé par Aziz Akhannouch, sur la base de l’article 47 de la Constitution qui confère au roi le pouvoir de nomination et de révocation. Le mouvement considère que l’exécutif a échoué à répondre aux attentes des citoyens et doit être remplacé par une équipe capable d’assurer justice sociale et stabilité.

Le texte appelle également au lancement de poursuites judiciaires pour les affaires de corruption, à travers l’activation des mécanismes de contrôle et de reddition des comptes, et à la mise en cause des responsables impliqués dans le détournement de fonds publics ou l’abus de pouvoir. Cette exigence est directement liée au principe constitutionnel de la responsabilité corrélée à la reddition des comptes.

De plus, la note propose la dissolution des partis politiques impliqués dans des scandales de corruption, estimant que leur maintien mine la confiance des citoyens dans les institutions et accentue le désengagement politique des jeunes.

Les droits sociaux et économiques

Le document insiste sur la nécessité de renforcer le principe d’égalité et de lutter contre les discriminations, notamment dans l’éducation, la santé et le marché du travail, en garantissant l’égalité des chances à tous les jeunes, indépendamment du favoritisme et du clientélisme.

Il réaffirme l’exigence d’un enseignement et d’un système de santé accessibles à tous, garants de la dignité citoyenne et fondements d’une véritable justice sociale. La note pointe du doigt le déficit chronique des hôpitaux, la faiblesse des infrastructures sanitaires et l’absence d’égalité des chances dans le système éducatif comme étant parmi les principales causes du mécontentement populaire.

Les droits et libertés

Le mémorandum adressé au roi insiste également sur le renforcement de la liberté d’expression et du droit de manifester pacifiquement, appelant à mettre fin à toutes les formes de restrictions visant les jeunes et les militants.

Le mouvement réclame explicitement la libération de l’ensemble des détenus arrêtés dans le cadre des manifestations pacifiques, affirmant que la protestation pacifique est un droit constitutionnel qui ne peut être réprimé par la prison ou la violence.

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Cette revendication inclut également la libération des prisonniers d’opinion, des détenus des précédentes révoltes populaires, ainsi que des étudiants incarcérés, considérant que ces derniers ont exprimé des positions politiques et sociales légitimes.

Réforme constitutionnelle et dialogue national

Parmi les points marquants, le mouvement appelle à la tenue d’une session nationale publique de reddition des comptes, où le gouvernement serait présenté devant le peuple, sous la présidence du roi en tant que garant de l’unité et de la stabilité du pays.

La note propose aussi le lancement d’un dialogue national inclusif, réunissant l’ensemble des acteurs politiques et sociaux, afin d’élaborer une nouvelle vision réformatrice qui articule droits constitutionnels et exercice des responsabilités.

Le texte met en garde contre la poursuite des politiques de “corruption et de mauvaise gouvernance”, et appelle à une “réforme en profondeur, susceptible de restaurer la confiance perdue entre l’État et la société, et de remettre le Maroc sur une nouvelle trajectoire, fondée sur la justice sociale et la reddition des comptes”.

Conclusion

Les jeunes de “Génération Z” affirment qu’ils n’ont plus confiance dans les institutions intermédiaires – gouvernement, parlement et partis – jugées incapables d’assumer leurs missions. D’où leur décision de s’adresser directement au roi.

Ils écrivent : “Une nouvelle génération refuse de continuer dans le cercle vicieux de la corruption, du chômage et des inégalités. Elle croit que l’avenir du Maroc passe par le dépassement de ces institutions défaillantes et la construction d’un État fondé sur la reddition des comptes, la justice sociale et la garantie des droits et libertés.”