Bologne : les premières réactions sur la mort d'un Marocain lors de son interpellation

Arrivé en Italie à sept ans, jamais devenu Italien. Abderrahim Fakir est mort dimanche dans la cour d'un immeuble de Bologne, sous le poids de deux agents de police. Les détails.

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Abderrahim Fakir avait 42 ans, vivait en Italie depuis l’âge de 7 ans et travaillait dans une entreprise de manutention à Sasso Marconi, en périphérie de Bologne. Dimanche 19 juillet, peu après midi, il est mort dans la cour d’un immeuble du Pilastro, quartier populaire du nord-est de la capitale émilienne, immobilisé face contre terre par deux policiers, sous le regard d’une équipe du 118, le service italien d’aide médicale d’urgence.

Selon la reconstitution rapportée de manière concordante par plusieurs médias italiens, dont l’agence Ansa, un résident avait alerté le 112 en signalant un homme « agité » qui frappait le capot d’une voiture, dans une zone de garages de la via Italo Svevo. Une patrouille et une ambulance sont dépêchées sur place. Les agents utilisent une bombe lacrymogène, plaquent l’homme au sol, lui attachent poignets et chevilles à l’aide de sangles. Le mercure dépasse alors les 35 degrés.

Un tiers, torse nu, apparaît dans les images qui circulent depuis dimanche soir : il tient les chevilles de Fakir pendant que deux policiers pèsent sur son dos. « Au secours, arrêtez », hurle le quadragénaire à plusieurs reprises. Les secouristes du 118 assistent à la scène sans intervenir. Ils ne réagissent qu’une fois l’homme inconscient. Il est déjà mort.

Enquête ouverte

Le parquet de Bologne a ouvert une enquête et ordonné une autopsie. Les enregistrements des caméras-piétons des agents ont été versés au dossier. Les deux policiers concernés restent en fonction pour l’heure. L’autorité sanitaire locale, l’Ausl, a ouvert de son côté une procédure sur le comportement du personnel médical dépêché sur les lieux.

Selon les sources médiatiques italiennes, la magistrature italienne envisage l’application d’un dispositif législatif récent, dit du  « scudo penale », qui encadre la responsabilité pénale des agents des forces de l’ordre engagés en opération. Le périmètre exact de ce dispositif et son application au cas présent restent à préciser à mesure que l’enquête progresse.

L’avocate Barbara Spinelli, qui assistait Fakir dans une procédure de renouvellement de son permis de séjour, a décrit à Ansa un homme « extrêmement gentil, respectueux, un travailleur soucieux de son entreprise et de ses employés ». Arrivé en Italie enfant, le défunt n’avait jamais obtenu la citoyenneté italienne malgré près de 35 ans de résidence.

Rabat réagit

Le Maroc s’est saisi de l’affaire par la voie diplomatique. L’ambassadeur du Royaume en Italie, Youssef Balla, a indiqué dans un communiqué relayé par l’Agen ce ITalPress que l’ambassade suit le dossier « depuis les premiers instants et avec la plus grande attention ». 

Le consulat général compétent à été chargé, dès l’annonce du décès, d’apporter à la famille Fakir un accompagnement moral et consulaire. Le diplomate a également confirmé un contact permanent avec les autorités judiciaires italiennes en charge de l’enquête, dans le cadre des conventions internationales applicables et de la procédure pénale italienne.

L’ambassadeur a insisté sur l’importance que « toute la vérité soit établie » et que l’ensemble des circonstances soient déterminées « avec rigueur et transparence ». Il a réitéré « la pleine confiance » du Maroc dans la justice italienne, tout en exprimant sa conviction que l’enquête en cours permettra d’éclairer les faits.

Fracture politique

L’affaire s’est immédiatement invitée dans le débat politique italien. Le vice-ministre des Infrastructures Galeazzo Bignami a estimé que l’intervention avait été « conduite avec professionnalisme » par les forces de l’ordre. La Ligue, parti de Matteo Salvini, a défendu les agents en martelant : « Bas les pattes sur la police ». Le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, s’est pour l’heure abstenu de tout commentaire public.

À gauche, la tonalité est diamétralement opposée. Le secrétaire de +Europa Riccardo Magi a dénoncé « une agonie en direct, sous les yeux mêmes des secouristes ». La sénatrice Ilaria Cucchi, dont le frère Stefano est mort en garde à vue en 2009 dans des circonstances qui ont marqué l’Italie, a réagi avec gravité : « À un appel à l’aide, on a répondu par la force ». Elle a cité les précédents de Riccardo Magherini et Federico Aldrovandi, deux affaires emblématiques de morts survenues lors d’interpellations policières.

Le maire de Bologne, Matteo Lepore, a appelé la population à un rassemblement piazza Nettuno. Une manifestation s’est également tenue au Pilastro, où une banderole portait l’inscription « Homicide d’État ». Environ 200 personnes se sont réunies aux cris de « Tué comme George Floyd ».

Un dossier explosif

Le parallèle avec l’affaire George Floyd s’impose dans le débat public italien, non seulement pour la technique d’immobilisation employée, mais aussi pour la présence d’un enregistrement vidéo diffusé massivement sur les réseaux sociaux. La séquence, longue de 5 minutes, a été analysée image par image par la presse transalpine, qui pointe l’absence de réaction des secouristes pendant les phases critiques.

La sœur du défunt, Khadija, refuse la version officielle. « Ils n’ont pas eu pitié », a-t-elle déclaré à la presse locale. Son frère Mohamed a dû calmer les proches réunis via Svevo dans l’après-midi de dimanche. L’épouse de Fakir vivrait au Maroc, selon des témoignages recueillis par la presse italienne.

L’autopsie devrait établir dans les prochains jours les causes exactes du décès, seul élément susceptible de départager, sur le terrain judiciaire, l’hypothèse du malaise sous contrainte physique de celle d’une pathologie préexistante. Des proches ont évoqué une cardiopathie et un asthme, informations non confirmées officiellement à ce stade.