Le président Donald J. Trump déclare l’état d’urgence et suspend temporairement certains droits de douane sur les engrais phosphatés marocains”, a annoncé la Maison Blanche, le 29 juin, dans une fact sheet, document présentant une orientation de son administration.
Sans jamais nommer l’Iran, la proclamation évoque des chaînes d’approvisionnement mondiales « perturbées ces derniers mois » par des conflits dans les régions productrices et des restrictions commerciales imposées par plusieurs grands exportateurs. Mais le calendrier ne trompe pas. Depuis les frappes américano-israéliennes de fin février contre l’Iran, le détroit d’Ormuz — par où transitent plus de la moitié du soufre mondial et une partie de l’ammoniac, deux intrants clés des engrais phosphatés — est fermé au trafic commercial.
L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, peut se réjouir en partageant la nouvelle sur ses réseaux, car c’est un dossier qui mobilise depuis des années les juristes et lobbyistes du géant marocain des phosphates. Son concurrent américain, Mosaic, a obtenu du département du Commerce des États-Unis des mesures anti-dumping visant le phosphate marocain, d’un taux oscillant de 2% à plus de 20% selon les années.
Fact Sheet: President Donald J. Trump Declares an Emergency and Authorizes the Temporary Suspension of Certain Duties on Phosphate Fertilizer from Morocco https://t.co/pRhtcR9jmy
— Youssef Amrani (@youamrani) June 30, 2026
Ces droits dits “compensateurs”, censés contrebalancer un avantage que l’OCP obtiendrait grâce à des “subventions déloyales” selon Mosaic, sont désormais levés pour une durée de huit mois, “ou jusqu’à ce que l’état d’urgence sur la demande en engrais pour les besoins de l’agriculture américaine soit levé”, lit-on sur le site de la Maison Blanche.
Une source proche de l’OCP salue la décision : l’annonce “confirme le rôle clé des engrais marocains dans la sécurité alimentaire mondiale” et ouvre la voie “à une reprise des exportations de l’OCP vers les États-Unis après plusieurs années de restrictions”.
Notre interlocuteur ne s’étend pas sur l’ampleur du marché qui leur tend désormais les bras sans entrave — pour une durée limitée —, mais celui-ci est de taille. Il est estimé par le cabinet d’études de marché SNS Insider à 10,08 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 18,71 milliards de dollars d’ici 2035. Il justifie en tout cas l’ouverture d’une filiale dédiée, OCP North America.
Au fil des années, les lobbyistes de l’OCP à Washington ont toujours défendu le même argument pour obtenir la levée des droits compensateurs : la capacité du groupe à fournir des engrais phosphatés aux agriculteurs américains, essentielle selon eux à la souveraineté alimentaire du pays.
En 2023, le lobbyiste Cornerstone a mobilisé une soixantaine d’organisations agricoles pour faire pression sur le département du Commerce. Ce sont finalement ces dernières qui ont convaincu — en apparence — la Maison Blanche de court-circuiter ledit département et d’annuler les droits compensateurs. En témoigne la réaction, en mars dernier, de la présentatrice de US Farm Report, Tyne Morgan, qui saluait, au nom de la communauté des producteurs de maïs, une décision “pour laquelle ils militent depuis des années”.
