[TelQuel Impact – Spécial études supérieures]
La session ordinaire du baccalauréat 2026 a permis à 262 442 candidats scolarisés d’obtenir leur diplôme, pour un taux de réussite de 64,8 %. Pour eux, une nouvelle étape s’ouvre, avec son lot d’arbitrages. Universités publiques, établissements à accès régulé, écoles privées, formation professionnelle, BTS, doubles diplômes ou études à l’étranger… l’éventail s’élargit, mais les critères à examiner se multiplient eux aussi.
Cette décision se prend dans un enseignement supérieur pour lequel le ministère prévoyait plus de 1,3 million d’étudiants en 2024-2025. La formation professionnelle élargit également son offre. Pour 2026-2027, l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) annonce 880 filières couvrant 19 secteurs et 29 sous-secteurs, avec une attention particulière portée à l’économie verte, à la cybersécurité, au jeu vidéo et à l’intelligence artificielle. Autant de possibilités nouvelles, mais aussi de parcours qui ne conduisent pas aux mêmes diplômes, n’ont pas la même durée et ne répondent pas aux mêmes conditions d’accès.
Ce choix s’effectue dans un système qui accueille déjà plus de 1,3 million d’étudiants. Dans le même temps, la formation professionnelle continue d’élargir son offre. Pour 2026-2027, l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) annonce 880 filières couvrant 19 secteurs et 29 sous-secteurs, avec une attention particulière portée à l’économie verte, à la cybersécurité, au jeu vidéo et à l’intelligence artificielle. Autant de possibilités nouvelles, mais aussi de parcours qui ne conduisent pas aux mêmes diplômes, n’ont pas la même durée et ne répondent pas aux mêmes conditions d’accès.
Beaucoup d’options, peu de repères
Si l’abondance de l’offre peut donner le sentiment que chaque étudiant finit par trouver aisément sa voie, dans les faits, le choix s’opère souvent dans l’urgence. « L’orientation est un processus stratégique qui doit commencer tôt », rappelle Conseiller pédagogique chez YOOL Education. Parmi les erreurs les plus fréquentes qu’il observe, il cite notamment les décisions repoussées jusqu’à la dernière minute et les filières choisies « par effet de mode », sans lien suffisant avec les aptitudes du jeune ni avec les débouchés visés.
Une mauvaise orientation peut pourtant peser longtemps sur la suite du parcours, jusqu’à conduire à la démotivation, à l’échec ou à une réorientation : « Deux indicateurs permettent de mesurer l’ampleur du problème. Près de 50 % des étudiants regrettent leur choix d’orientation post-bac, tandis que le taux de décrochage dans les universités publiques atteint lui aussi près de 50 % », indique-t-il. Cette fragilité tient en partie à la façon dont la décision se construit. Selon Mohamed Salem Soudani, les notes demeurent déterminantes pour une majorité de bacheliers. Il observe que « les élèves postulent dans tous les établissements auxquels ils peuvent prétendre et ne font leur choix définitif qu’après avoir réussi les épreuves d’admission dans plusieurs d’entre eux ».
Le candidat tranche alors au gré des admissions, plutôt qu’à partir d’un projet défini en amont. Ainsi, l’étudiant retient l’une des portes qui se sont ouvertes, sans avoir toujours comparé le contenu des cursus, les méthodes d’apprentissage ou les métiers auxquels ils préparent. « Cette démarche traduit une logique d’accès plutôt qu’une logique de projet », résume-t-il.
Le prestige associé à certaines professions, les attentes des parents et la réputation des établissements pèsent également dans la balance. Ces repères peuvent aider à décider, mais ils peuvent aussi éloigner l’orientation du profil réel de l’étudiant.
Ce fonctionnement dépasse toutefois les seules stratégies individuelles. Dans son rapport thématique, L’orientation dans le système d’éducation et de formation, de 2024, le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique estime que le dispositif peine encore à sortir de sa conception initiale comme « un outil au service de la carte scolaire plus qu’un service d’orientation destiné aux élèves ». Les données du PNEA 2019 reprises dans le document confirment le poids des résultats scolaires : 49 % des élèves interrogés déclarent avoir choisi leur tronc commun en fonction de leurs notes.
Un choix à construire
Ces constats montrent que l’enjeu va bien au-delà du simple accès à une formation. Il s’agit surtout de vérifier qu’elle correspond réellement au profil et au projet du bachelier. Pour Mohamed Salem Soudani, « une bonne orientation doit reposer sur trois piliers complémentaires » : le profil de l’étudiant, avec ses capacités et ses motivations, les caractéristiques du cursus, notamment son contenu, sa durée et son niveau d’exigence, puis les perspectives auxquelles il peut conduire.
« Il ne faut pas penser au lieu de formation avant d’avoir clairement défini son projet académique et professionnel », conseille-t-il. Etudier au Maroc ou à l’étranger, dans le public ou le privé, s’engager un cursus long ou privilégier une formation plus courte ne constituent pas de bonnes ou de mauvaises options en soi. « Son choix doit porter sur une formation qui correspond à son profil et à son projet d’avenir », résume-t-il.
À ces arbitrages s’ajoute enfin l’incertitude sur l’après-diplôme. Les études supérieures restent perçues comme une protection contre le chômage, sans toujours en offrir la garantie. Selon le HCP, le taux de chômage s’est établi en 2025 à 37,2 % chez les 15-24 ans et à 19,1 % parmi les diplômés. Ces chiffres ne remettent pas en cause l’utilité du diplôme, mais rappellent toutefois qu’il ne suffit pas, à lui seul, à sécuriser l’entrée dans la vie active.
