On a battu le Brésil, et le Boualem s'autorise enfin la joie… pour cette fois

Par Réda Allali

Dans cette page d’ordinaire réservée aux jérémiades en tout genre et autres sarcasmes pénibles, le Boualem s’offre le plaisir de revenir sur le match Maroc-Brésil

Quelque chose a changé en nous, les amis. Si on avait dit au Boualem, il y a dix ans, qu’il croiserait ce week-end des énergumènes déçus de ne pas avoir battu le Brésil, il aurait ricané comme un coyote. Et pourtant, lui-même n’est pas loin de faire partie de cette cohorte d’illuminés, le bougre. Nous estimons normal de produire ce genre de prestations contre ceux qui se présentent depuis des décennies comme les esthètes du ballon.

Et nous avons été encore plus beaux, telle est l’incontestable vérité. Il faut donc revenir tranquillement sur ce qui s’est passé samedi dernier, et s’offrir le plaisir de le noter ici même, dans cette page d’ordinaire réservées aux jérémiades en tout genre et autres sarcasmes pénibles.

Un spectacle total. Les maillots, absolument superbes, les couleurs saturées, le soleil généreux, et des images qui sont déjà des classiques. Bouaddi qui règne en seigneur sur le milieu de terrain, cheveux au vent, droit comme une épée. El Haj Mazraoui, voûté, le poil ras, qui avance en slalomant sur son aile gauche avec l’air de se promener dans son jardin. Saibari au toucher soyeux, oui, celui-là même qu’on trouvait grassouillet (durant la CAN, ndlr), et El Aynaoui aux pieds ailés, digne fils de son père. On peut aussi parler de Bounou, qu’on aimerait mettre dans de la glace pour qu’il joue encore dix ans, et de Ouahbi, qui ne nous engueule pas après chaque match. Et même de ce bon Issa Diop, cette réincarnation improbable de Hcina, qui peut multiplier les contrôles pittoresques sans gâcher le plaisir. Enfin, si la perfection était de ce monde, ce serait la passe de Diaz, et arrêtons-nous là.

“C’est justement parce que la déception menace qu’il faut festoyer tant qu’on le peut. Il n’y a aucune espèce de génie à réfréner sa joie sous le prétexte qu’elle pourrait disparaître demain”

Zakaria Boualem

Mais j’entends quelques grognons geindre de l’autre côté de la page : ne nous emballons pas, nous n’avons qu’un seul point, après tout, et tout le monde sait que le plus difficile est de confirmer, l’excès de confiance peut nous être fatal, gneugneugneu… Zakaria Boualem connaît ces tristes sires, et il a pour habitude de s’en éloigner ventre à terre, sans hésitation. C’est justement parce que la déception menace qu’il faut festoyer tant qu’on le peut. Il n’y a aucune espèce de génie à réfréner sa joie sous le prétexte qu’elle pourrait disparaître demain.

Zakaria Boualem n’est ni joueur ni membre du staff, ses émois ne concernent que ceux qui veulent s’y intéresser, il ne porte aucune responsabilité dans les matches à venir, il peut donc s’emballer sans risque. Mieux, il a le devoir de s’emballer, car il ne suit le football que pour ces instants miraculeux. Et puis, quel plaisir de voir un match se terminer sans gémissements intempestifs contre l’arbitrage, la VAR, l’hôtel ou les transports, les moustiques ou les oranges. À force de fréquenter la CAN et ses convulsions perpétuelles, ses polémiques affreuses, ses protestations permanentes, on avait oublié qu’il s’agissait d’un sport.

Voilà, et ce n’est que le début, les amis, nous sommes aux portes de la gloire, avec un pied déjà passé de l’autre côté, et merci. Et puisque vous êtes encore là, le Boualem voudrait en profiter pour répondre aux nombreuses personnes qui suivent le foot de loin, et qui se sont étonnées de constater que la Botola, que Dieu lui vienne en aide, s’était jouée ce week-end. Figurez-vous qu’au sortir de cette journée, il reste encore six matches à disputer, et on n’ose pas vous parler de la Coupe du trône qui, outre qu’elle a sauté une année, n’en est qu’aux huitièmes de finale. Comment expliquer cette pagaille ? Ce serait trop long, retenez juste que vous avez sous les yeux la démonstration éclatante que le Maroc moderne peut, mais seulement quand il veut. Là, hélas, il s’en fout, et merci.

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