La Coupe du Monde démarre la semaine prochaine, ce n’est pas rien. À n’importe quelle autre période de la vie du Boualem, cette affirmation aurait plongé notre héros dans un état de transe comparable à celui du moqaddem en période électorale. Il aurait alors traqué la moindre information concernant cet évènement sur tous les supports, débattu avec ses amis sur le moindre corner louche, évalué les schémas tactiques et les audaces capillaires de tous les pays, produit en quantité abondante des théories géopolitiques d’une remarquable tenue qui expliquent chaque score, campé devant la télé jour et nuit pour ne louper aucun Iran-Mexique…
Et il faut s’arrêter là sinon on risque de perdre tout le monde. Tout cela était valable pour un Mondial sans le Maroc, je vous laisse imaginer à quelles extravagantes convulsions il s’abandonnait quand nous étions impliqués dans la compétition. Cette année, pourtant, il est tranquille, paisible, à peine excité, et c’est une chose étrange pour lui.
Comment expliquer cette étonnante évolution ? On va mettre, en vrac, dans la liste des explications un peu tout ce qu’on trouve, et vous verrez par vous-même ce qui est valable et ce qui relève d’une des élucubrations dont notre héros est coutumier.
Il y a pour commencer la banalisation de l’événement. À force d’agrandir la compétition, tout le monde finit par se qualifier, ce n’est plus amusant. Il faut toutefois féliciter l’Italie qui s’est dévouée, la pauvre, pour nous rappeler qu’il était encore possible de louper ce rendez-vous.
“Le Boualem se sent exclu de cette fête, voilà. Le foot n’est plus une affaire populaire (…) la CAN a été l’étonnante démonstration de la confiscation d’un événement à son public historique”
Il y a un autre phénomène, encore plus triste, qui peut expliquer cette nouvelle indifférence. Disons que le Boualem se sent exclu de cette fête, voilà. Le foot n’est plus une affaire populaire, en tout cas pas celui-là. Chez nous, la CAN a été l’étonnante démonstration de la confiscation d’un événement à son public historique. Le Guercifi, pour assister au moindre match des Lions, a dû quémander auprès des entreprises le précieux sésame qu’il obtenait jadis par la seule puissance de sa passion. Le foot n’est plus fait pour le peuple, seule la Botola résiste, voilà pourquoi elle est combattue. D’ailleurs, le monde entier n’est plus fait pour le peuple, et même si cette phrase semble idiote, le Boualem tenait à l’exprimer ici tant elle colle à la réalité de ses sentiments.
Il faut ajouter la nature du pays hôte. Le principal, du moins, celui qui est dominé par l’agent orange. Chaque jour qui passe nous propose une nouvelle dinguerie. Un jour, on nous parle de refuser l’accès à une équipe qualifiée, ou d’imposer des cautions aux supporters d’une autre, on invente des pauses publicitaires en prétextant de se soucier de la santé des joueurs, on nous sort des tarifs extravagants pour le moindre transport vers le stade, ce genre de choses. En passant, ce dernier point constitue une nouvelle démonstration éclatante du caractère soi-disant naturel du capitalisme, qu’on nous rabâche jour et nuit sans préciser qu’il faut tout de même moult lois scélérates pour organiser ce pillage de nos poches.
Voilà pourquoi la Coupe du Monde n’est plus la Coupe de tout le monde. Maintenant qu’on a rempli une pleine page de jérémiades pénibles, laissez-moi vous dire, moi qui connais bien notre ombrageux héros, qu’il existe une forte probabilité pour qu’il se retrouve scotché à son écran dès le coup d’envoi du premier match, et qu’il reste sans bouger avant la remise de la coupe, flinguant au passage la notion même de cohérence, très surestimée au demeurant, et merci.
