PJD, the last dance

Par Abdellah Tourabi

Rappelez-vous, il y a dix ans. Le PJD abordait les élections de septembre 2016 avec une confiance insolente. Le parti islamiste dirigeait le gouvernement, ses cadres géraient les plus grandes villes du royaume, et Abdelilah Benkirane était accueilli comme une rock star à ses meetings électoraux. Après une bataille titanesque contre le PAM, son principal adversaire, le PJD remporta largement ce scrutin et s’installa de nouveau à la tête du gouvernement. S’ensuivit un long déclin, fait d’usure du pouvoir, de désenchantement des militants et de luttes intestines entre les fondateurs du parti. La défaite humiliante de 2021 marqua la fin d’un cycle et le début d’une pénible traversée du désert. 

Le parti peut-il revenir au centre du jeu politique lors du prochain scrutin ? Rien n’est moins sûr. La vague de l’islam politique est derrière nous dans le monde arabe, même si elle peut revenir sous d’autres formes et avec un nouveau logiciel idéologique. Mais les moyens financiers du PJD sont limités, de nombreux cadres ont quitté le navire (El Othmani, Ramid…) et le bras idéologique du parti, en l’occurrence le MUR, a perdu de son influence et de son impact dans le débat public.

Le PJD conserve néanmoins quelques atouts. Il y a d’abord la faiblesse de la grande majorité des partis politiques, tant au niveau des idées que de la qualité de leurs élites. Au parlement, avec à peine une dizaine de députés, le PJD parvient à animer le débat et met régulièrement dans l’embarras des ministres désemparés, sans consistance politique. Abdellah Bouanou et Mustapha Brahimi, les deux ténors du groupe parlementaire islamiste, réussissent ce que des centaines de notables élus ne parviennent pas à faire : tenir un discours politique clair et articulé, et exercer un véritable contrôle sur l’Exécutif. Avec quelques autres députés issus de partis différents, ils sauvent l’honneur d’une institution en manque criant de crédibilité.

“Le PJD sait qu’il ne reproduira pas les scores de 2011 et 2016, l’enjeu est d’abord d’éviter une nouvelle débâcle”

Abdellah Tourabi

Pour tenter ce retour difficile, le PJD compte aussi sur son leader, Abdelilah Benkirane. À 72 ans, il entamera ce qui sera probablement sa last dance. Malgré la redondance de ses anecdotes sur son passage à la primature et ses outrances verbales, Benkirane reste un monstre de communication. Avec peu de moyens et sans sophistication technique, il occupe le vide médiatique et s’exprime sur des sujets que les autres acteurs politiques délaissent (la guerre contre Gaza, le dossier iranien..). Il sait qu’il touche une corde sensible, mais est-ce suffisant pour convertir l’indignation en bulletins de vote ? 

Le retrait de Aziz Akhannouch de la course électorale a privé Benkirane de son meilleur ennemi. Il comptait surfer sur l’impopularité du Chef du gouvernement et en faire son punching-ball politique. Sans cette cible, il va devoir réinventer sa stratégie. Le PJD sait qu’il ne reproduira pas les scores de 2011 et 2016 : l’enjeu est d’abord d’éviter une nouvelle débâcle. Dans le scénario le plus optimiste, le parti mise sur une trentaine de sièges, en tablant sur la remobilisation de ses anciennes bases. Un signal encourage cette ambition : en 2021, dans de nombreuses circonscriptions, il n’a manqué que quelques centaines de voix seulement au PJD pour accéder au parlement. Les paris sont ouverts.


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