Dans un rapport publié en 2025, l’OMS estime que « L’intelligence artificielle (IA) transforme le secteur de la santé en Europe, promettant une meilleure prise en charge des patients et une pression moindre sur les personnels, mais elle est déployée sans garanties suffisantes pour les patients ou les professionnels de santé ».
Pour Amine Tehraoui, ministre de la Santé, « la question de l’IA s’impose comme un levier majeur. Mais leur déploiement pose aussi des enjeux de gouvernance, de protection des données et d’équité ». Il cite l’IA appliquée à la télémédecine, « capables de répondre à des défis structurels comme les déserts médicaux ou la faiblesse des systèmes de surveillance épidémiologique », même si les actes de télémédecine ne sont pas encore remboursables par l’AMO.
Actuellement, « des outils d’IA reposent sur des ensembles de données massifs qui peuvent être défectueux, biaisés ou incomplets, ce qui signifie que leurs décisions peuvent refléter ces failles et entraîner des erreurs médicales, comme des diagnostics manqués ou des traitements inadaptés » estime Dr Hans Kluge, directeur du bureau de l’OMS pour l’Europe.
Si 26 pays de l’Europe ont arrêté leurs priorités en matière d’IA dans la santé, seuls 14 ont alloué des financements à ces initiatives. Seuls 4 pays (Andorre, la Finlande, la Slovaquie et la Suède) disposent d’une stratégie nationale spécifiquement dédiée à l’IA en santé. Des régulateurs, comme la HAS française, hésitent encore devant l’IA. Les technologies numériques ouvrent « une voie de remboursement », lorsqu’elles présentent un intérêt suffisant pour les patients. « les dispositifs médicaux numériques (DMN) à visée thérapeutique utilisés par les patients, après prescription médicale et les DMN de télésurveillance médicale, permettant le suivi à distance des patients par les professionnels de santé grâce à la transmission et à l’analyse de leurs données de santé en temps réel ou en différé ». Le reste est hors champ de remboursement (assistant de consultation, outil d’intelligence générative utilisé pour réaliser des synthèses médicales par exemple).
Au Maroc, le secteur évolue, en attendant un cadre légal de l’IA ou une stratégie d’évaluation du régulateur. Télémédecine pour les zones rurales, plateformes de suivi des maladies chroniques, diagnostic assisté par IA grands groupes et startups y investissent, dans un cadre normatif encore à construire.
« L’arrivée de nouveaux acteurs de gouvernance, à l’image de la HAS, peut contribuer à mieux structurer et encadrer l’innovation, sans pour autant alourdir les processus de décision. Sur le plan économique, les outils comme le dossier médical partagé (DMP), la feuille de soins électronique (FSE) ou les solutions de digitalisation des cabinets apportent des gains en organisation et en qualité de suivi, même si leurs effets sur les coûts doivent encore être consolidés dans le temps », note Saad Zbiri, Professeur d’économie et de santé publique, UM6SS.
