Dépôt de bilan 

Par Abdellah Tourabi

La semaine qui s’achève a été marquée par la présentation, par Aziz Akhannouch, du bilan de son gouvernement. Un exercice quelque peu étonnant, car nous sommes encore à quelques mois des élections de septembre prochain et le parlement vient à peine d’entamer sa dernière session. De nombreux projets de loi, loin d’être anodins, sont encore dans le circuit législatif, sans parler d’autres textes qui ont totalement disparu du débat public, notamment la réforme du Code de la famille. La présentation du Chef du gouvernement avait des allures d’adieux politiques, dans le sillage de sa décision, en février dernier, de ne pas se représenter à la tête du RNI. Mais ce bilan permet, dès à présent, aux partis de la majorité de disposer d’une base pour s’adresser à leurs électeurs. Accordons donc ce mérite à l’exercice. 

Sur le plan purement politique, la séquence que nous avons vécue, notamment au cours de ces trois dernières années, a eu des conséquences délétères sur la confiance envers nos institutions représentatives, la qualité du débat public, l’exigence de transparence et l’intérêt porté à la vie politique. Les manifestations organisées par la GenZ 212, malgré leur caractère éphémère, ont constitué un puissant révélateur du fossé qui sépare les Marocains de leurs dirigeants et représentants. Nous avons tous été témoins du désert politique qui nous entoure et de la fragilité effarante des institutions comme des personnalités censées incarner la volonté populaire et parler au nom des Marocains.

“Nous avons bâti des institutions politiques sans construire la culture qui les fait vivre”

Abdellah Tourabi

Cette situation tient à de nombreuses erreurs et à des choix commis durant ce mandat, mais aussi à des raisons plus profondes qui dépassent le temps d’une législature. En premier lieu, nous avons bâti des institutions politiques sans construire la culture qui les fait vivre. Une Constitution peut consacrer la séparation des pouvoirs, garantir la liberté de la presse, protéger l’opposition… Elle ne peut pas, à elle seule, forger des élites politiques à la hauteur de ce qu’elle exige. Or, ce que cette législature a révélé avec une clarté brutale, c’est le gouffre abyssal entre le texte constitutionnel de 2011 et la réalité des pratiques partisanes et gouvernementales. L’habit était trop grand pour ceux qui devaient le porter. Surtout, un système représentatif qui sélectionne par l’argent, les réseaux clientélistes et la notabilité locale ne peut produire que ce que nous voyons : des parlementaires indifférents au débat public, prompts à placer leurs intérêts personnels et corporatistes au-dessus de tout. 

Enfin, il y a une crise d’ordre moral. Lorsque l’éthique publique cesse d’être une exigence minimale et que le conflit d’intérêts se banalise au point de ne plus choquer personne, c’est le fondement même de “l’option démocratique” choisie par le Maroc qui se fissure. La prochaine séquence politique devra rectifier le tir et se placer sous le signe de l’exigence morale, de la réanimation du débat public et du rétablissement de la confiance des Marocains dans leurs institutions représentatives.

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