14,50 dirhams le litre de gasoil. 15,50 dirhams l’essence. Il y a un mois, c’était 10,80 et 12,50. Soit +34% en trente jours. Sur la même période, le gasoil a progressé de 20% en France et de 17% en Espagne. Mêmes tensions géopolitiques, même Brent, même détroit d’Ormuz. Mais pas les mêmes réponses.
“Le gouvernement prélève de l’argent chez le contribuable pour compenser une hausse dont les distributeurs tirent profit. La collectivité paie pour que les pétroliers gardent leurs marges.”
En France, TotalEnergies plafonne ses tarifs, le gouvernement déclenche des aides ciblées. En Espagne, des amortisseurs fiscaux existent. Au Maroc, la seule réponse du gouvernement a été une subvention aux transporteurs. Réfléchissons-y une seconde : de l’argent prélevé chez le contribuable pour compenser une hausse dont les distributeurs tirent profit. La collectivité paie pour que les pétroliers gardent leurs marges.
Le péché originel, c’est la libéralisation de 2015. Le gouvernement de l’époque avait choisi d’abandonner les prix administrés, sans garde-fou, sans mécanisme de suivi, sans plafonnement, et sans raffinerie, la Samir étant déjà à l’arrêt. Les mêmes sociétés qui importent le carburant sont celles qui fixent le prix à la pompe, sans contrepoids en amont. En 2023, neuf d’entre elles ont été condamnées à 1,84 milliard de dirhams d’amende pour entente explicite sur les prix.
“L’entente explicite a cédé la place à une entente implicite : le leader fixe, les autres suivent. Les prix entre stations-services ne varient que de quelques centimes”
Alors que, sans cet accord transactionnel, le montant aurait été au minimum le double. Mais ce ne sont pas les marges indécentes qui ont été sanctionnées. C’est le fait que les opérateurs en discutaient entre eux. Depuis, l’entente explicite a cédé la place à une entente implicite : le leader fixe, les autres suivent. Les prix entre stations-services ne varient que de quelques centimes, sauf chez un distributeur qui affiche en permanence 20 centimes de moins que tous les autres. Si l’un peut, pourquoi pas les autres ?
Nous documentons ce dysfonctionnement depuis près de dix ans. Nous avions révélé, dès 2017, le doublement des marges des distributeurs. En 2018, le rapport parlementaire chapeauté par le député Abdellah Bouanou (PJD) chiffrait à 15 milliards le surplus facturé aux automobilistes. En 2022, le Conseil de la concurrence recommandait une taxe sur les superprofits.
En juillet 2025, il publiait les marges nettes sur l’exercice 2024 : 43 centimes par litre de gasoil, 61 centimes pour l’essence, un taux de marge nette de 2,9%, soit trois fois la moyenne des années précédentes. Même la Fédération des gérants de stations-services, auditionnée le 30 mars dernier, a qualifié le comportement des pétroliers de “cupide” et de “libéral sauvage”. Quand les pompistes retournent l’arme contre leurs distributeurs, c’est que le système est parti en vrille.
“Le gouvernement a les outils pour agir. La loi l’autorise à bloquer les prix pendant six mois. Six mois où ce sont les marges des distributeurs — pas les taxes, pas la TVA — qui absorberaient le choc”
Le gouvernement a les outils pour agir. La loi l’autorise à bloquer les prix pendant six mois. Six mois où ce sont les marges des distributeurs — pas les taxes, pas la TVA — qui absorberaient le choc. Après des années de bénéfices records, ils peuvent se le permettre. Mais le gouvernement ne bouge pas. Il préfère subventionner avec l’argent public ce que le blocage des prix ferait payer aux pétroliers. Le carburant n’est pas un produit de confort. Quand il flambe de 34% en un mois, ce sont les prix du transport, de l’alimentation, de tout ce qui circule qui suivent. À quand les actes ?
