[Contenu Telquel Impact Spécial Gitex]
L’industrie pharmaceutique est à un point d’inflexion. Développer un médicament prend plus de dix ans, mobilise des investissements considérables et reste marqué par un taux d’échec élevé. Ce modèle, conçu pour des maladies à causalité simple, atteint aujourd’hui ses limites face à des pathologies complexes, systémiques et multifactorielle comme les maladies neurodégénératives.
Dans ce contexte, l’IA ne doit pas être perçue comme un simple levier d’efficacité. Elle constitue un moteur de création de valeur scientifique, permettant de passer d’une logique séquentielle à une logique systémique, fondée sur la donnée, la modélisation et la prédiction.
Mais au Maroc, un constat s’impose : notre industrie pharmaceutique, malgré des atouts industriels réels, reste enfermée dans un paradigme limité. Marché domestique restreint, dépendance aux génériques, faible intensité en R&D et vision souvent court-termiste.
La réponse tient en un mot : la donnée
Au Maroc et plus largement en Afrique, nos données de santé restent fragmentées, peu structurées et insuffisamment valorisées. Cette réalité constitue le principal frein à l’essor d’une IA réellement transformative.
Premièrement, construire une infrastructure nationale de données de santé. Cela implique l’interopérabilité des systèmes hospitaliers, la structuration des dossiers médicaux électroniques et la mise en place de standards communs. Deuxièmement, créer des consortiums public-privé associant hôpitaux, industriels, startups et centres de recherche. Troisièmement, investir dans des cas d’usage à impact rapide, notamment le drug repurposing.
Parallèlement, la R&D doit évoluer vers des approches hybrides, où les essais cliniques traditionnels coexistent avec des modèles plus agiles, incluant les essais “n of one”. Mais cette transformation n’a de sens que si elle reste centrée sur le patient.
Enfin, un basculement culturel est indispensable. Le médicament ne peut plus être perçu comme un centre de coût. Il doit devenir un levier stratégique, un véritable métier mondial pour le Maroc. La souveraineté sanitaire ne se décrète pas. Elle se construit
Par Dr Othmane Boumaalif
