[Contenu Telquel Impact Spécial Gitex]
On les nomme les « one-person companies ». Ce mouvement gagne du terrain partout sur la planète. En Chine, plusieurs municipalités ont mis en place d’importants programmes de soutien : mise à disposition gratuite de bureaux et de puissance de calcul, ou encore des aides au démarrage atteignant un million de yuans. L’intention est limpide : faire émerger des milliers de micro-entreprises augmentées capables de générer de la valeur à une cadence inédite.

Mais par quel moyen est-ce possible ? Ces nouveaux créateurs ne sont plus dans l’exécution. Ils pilotent désormais des agents IA qui travaillent sans relâche pour coder, rédiger, analyser, prospecter ou répondre aux clients. À l’inverse des anciens chatbots passifs, ces agents agissent de manière autonome. En d’autres termes, ils enchaînent des missions complexes sans nécessiter une surveillance permanente. Plusieurs solutions permettent aujourd’hui de coordonner ces outils. Développé par Anthropic, Claude Code génère du code de niveau professionnel. Manus, porté par Meta, déploie des agents aptes à naviguer sur le web et à réaliser des workflows intégraux. Enfin, le projet open source OpenClaw, dont l’équipe a intégré OpenAI, transforme n’importe quelle IA en un assistant connecté à vos logiciels quotidiens. Concrètement, un consultant peut désormais gérer seul un portefeuille qui aurait occupé trois collaborateurs auparavant. De la même façon, un créateur de contenu produit en une journée ce qu’une agence livrait en une semaine, tandis qu’un développeur indépendant déploie des applications complètes en quelques jours seulement. En résumé, l’humain ne fait plus : il orchestre. Le tarif ? Quelques dizaines d’euros par mois. Autant dire que les barrières à l’entrée sont en train de s’effondrer. S’il fallait lever des fonds hier, il faut aujourd’hui savoir ce que l’on veut. La clarté de l’intention importe donc plus que le capital.
Le prochain leader africain du numérique sera peut-être un Marocain seul, son ordinateur sur les genoux dans un café de Casablanca.
Si j’avais 20 ans aujourd’hui au Maroc, j’apprendrais à diriger ces outils plutôt qu’à coder, je viserais le marché africain francophone et je lancerais ma « one-person company » avec une connexion et un laptop. Je n’attendrais après personne. Car le Maroc possède des forces considérables pour cette mutation : une jeunesse massive et connectée, le multilinguisme comme levier naturel, une culture entrepreneuriale forte, ainsi qu’une position stratégique vers l’Afrique francophone (qui comptera 500 millions de locuteurs à l’horizon 2050).
Le prochain leader africain du numérique sera peut-être un Marocain seul, son ordinateur sur les genoux dans un café de Casablanca. Et il n’aura besoin de personne d’autre pour le devenir.
Par Michel Levy-Provencal, prospectiviste, auteur et conférencier
Bio Express
Michel Levy-Provencal, prospectiviste, auteur et conférencier : Natif de Casablanca, Michel Levy Provençal est prospectiviste, entrepreneur, conférencier et auteur, reconnu comme l’une des voix majeures de l’innovation en France. Il a importé les conférences TED en France en 2009 et a cofondé plusieurs startups dans la finance, les médias, les technologies et le conseil. Il est également chroniqueur aux Échos et sur BFM TV.
