Botola : de la mise à jour à la mise en veille

Par Nassim El Kerf

Il y a quelques semaines, dans cette même chronique, on parlait de sprint infernal. On imaginait une fin de saison tendue, chargée, mal ficelée, mais orientée vers un objectif clair : terminer la Botola — commencée en retard à cause du CHAN — à temps pour permettre la libération des joueurs pour la Coupe du Monde 2026 (du 11 juin au 19 juillet). Il fallait courir, bricoler, caser des matchs en semaine, jongler avec les voyages africains et espérer que tout cela tienne debout jusqu’à fin mai. Cela relevait déjà de l’exploit, imposé par une trêve de 77 jours causée par la Coupe arabe et la CAN. Mais, au moins, il y avait une direction.

Puis, la Ligue nationale de football professionnel (LNFP) a décidé de compliquer ce qui l’était déjà assez. Le 4 mars, elle annonce qu’en avançant le match du MAS face à l’Olympique Dcheira, elle libère des créneaux pour programmer des matchs en retard les 11 et 12 mars. Six jours plus tard, le 10 mars, virage complet : le championnat est suspendu pour permettre aux clubs engagés dans des compétitions africaines de jouer leurs quarts de finale dans les meilleures conditions.

Chez nous, les communiqués ne se suivent pas, ils se contredisent. On ne planifie pas, on improvise. Et le plus beau ? Évidemment, c’est l’argument. On suspend le championnat pour permettre à l’AS FAR, à la RS Berkane, au Wydad et à l’OC Safi de préparer leurs quarts de finale africains dans les meilleures conditions. Dit comme ça, qui oserait protester ? Qui voudrait passer pour l’ennemi de la compétitivité continentale de nos représentants marocains ? Le problème, c’est que cette décision, habillée en protection des clubs, ressemble surtout à un aveu d’impuissance.

La Ligue ne dirige plus son calendrier. Elle le subit. Elle cède aux pressions de ceux qui ne veulent pas jouer en semaine avant de voyager, de ceux qui refusent d’entamer la phase retour avant une hypothétique mise à jour. Dans l’ombre de la Coupe du Monde, il faut rappeler un détail gênant : à la mi-mars, seules cinq équipes sur seize ont bouclé leurs quinze matchs de la phase aller. Cinq. Même pas le tiers. Le reste flotte dans une sorte de championnat parallèle où certains ont avancé, d’autres attendent, et tout le monde fait semblant de savoir où l’on va.

“Finir à temps la Botola va demander un “ajustement exceptionnel du calendrier”, assure la LNFP. Cela s’appelle foncer dans le mur, armé d’un communiqué”

Nassim El Kerf

Maintenant que la décision est prise, faisons un exercice que la Ligue semble éviter : compter. Si la Botola ne reprend qu’en avril, il restera sept semaines avant la dernière semaine de mai. Sept semaines pour caser quinze journées. Pour ajouter les matchs en retard. Pour composer avec les allers-retours africains de nos représentants. Finir à temps va demander un “ajustement exceptionnel du calendrier”, pour parler le langage de la LNFP. Dans le monde réel, cela s’appelle foncer dans le mur, armé d’un communiqué.

Le plus ironique, c’est que la Botola commençait enfin à offrir quelque chose. Des matchs nocturnes vivants durant ramadan, des gradins allumés, des buts, du rythme, du spectacle. Les joueurs répondaient présents, les supporters aussi. Et c’est précisément à ce moment-là qu’on a appuyé sur pause. Pendant que l’équipe nationale grimpe, que le Maroc vend au monde son ambition, ses stades et sa crédibilité, sa Ligue professionnelle donne encore l’impression de gérer son championnat avec une logique approximative.

Or, la Botola reste le vrai miroir de notre football. Pas les discours. Pas les maquettes. Pas les grandes promesses. Le vrai miroir, c’est elle. Et ce miroir renvoie aujourd’hui une image inquiétante : celle d’un championnat qui n’avance pas, d’une Ligue qui préfère froisser son calendrier plutôt que ses clubs, et d’un retard qui n’est plus un accident, mais presque une méthode. En Botola, le retard devient une manière d’organiser le chaos.