Il y a un peu plus de deux mois, dans cette même lucarne – parfois tendre, souvent sévère – on titrait “Walid, fais-moi peur”. Ce 14 janvier, on a été servis. Et même gâtés. Alors oui, on se doit de dire merci.
Merci pour cette demi-finale XXL face au Nigeria. Une finale avant l’heure. Un combat de nerfs, de jambes et de têtes, pour s’offrir le droit de jouer la finale de notre CAN, à la maison, face au Sénégal. Une affiche de rêve. Peut-être la plus belle possible aujourd’hui en Afrique. Les deux meilleures équipes du continent. Une finale scrutée, disséquée, attendue bien au-delà de nos frontières. Et au bout, un symbole : une étoile. Une deuxième. Une couronne africaine qui nous échappe depuis 1976. Dimanche, l’une des deux nations accrochera une seconde étoile sur son maillot.
On y est enfin. Une finale continentale. La première depuis 2004. Seulement la deuxième de notre histoire – car en 1976, on avait gagné autrement, dans un mini-championnat sans finale. Rabat s’est réveillée ce jeudi avec ce sourire particulier, celui qu’on affiche après une nuit trop intense pour être digérée. Après une demi-finale vécue comme un ascenseur émotionnel permanent. Igamane qui manque, chez lui, dans le jardin où il a fait ses premiers pas, le tir au but du break. Bounou, impérial, fidèle à son rendez-vous avec l’histoire, qui sort deux penaltys. Puis En-Nesyri, celui qui n’a toujours pas marqué, qui finit libérateur. Tout y est passé. Tout.
“Ce match parfait, ou presque, livré par les Lions de l’Atlas pour contenir la meilleure attaque du tournoi – 14 buts jusque-là – réduite à un seul tir cadré en plus de 120 minutes”
Au-delà du scénario, il y a le fond. Ce match parfait, ou presque, livré par les Lions de l’Atlas pour contenir la meilleure attaque du tournoi – 14 buts jusque-là – réduite à un seul tir cadré en plus de 120 minutes. Merci à la meilleure défense du tournoi (1 but encaissé sur penalty, contre le Mali). En face, défensivement, les Super Eagles ont été tellement solides qu’ils nous ont fait douter. Qu’ils nous ont parfois forcé à changer nos circuits de passes. Finalement, tous les plans ont fonctionné. Walid a pensé le match. Les joueurs l’ont exécuté. Avec calme. Avec autorité.
“Merci à Walid pour les émotions. On est déjà fiers. Mais comme il le dit si bien : “Mazal ma derna walou””
Il y avait des doutes à l’orée de notre CAN, mais cette sélection a grandi au fil de la compétition. Match après match. Avec cette posture si rare chez nous : celle du favori assumé. Du conquérant lucide, concentré, prêt à en découdre pour faire plier la concurrence. Les 90 minutes sont devenues des séances d’exorcisme collectif. On a regardé nos vieux démons, droit dans les yeux. Les traumas, les échecs, les malédictions. Pour avancer. Les Lions ont sorti les crocs au bon moment. Et Walid, avec son staff, y est pour beaucoup. Lecture des adversaires, rigueur tactique, discipline collective : cette CAN est un modèle du genre. Sortis premiers de leur groupe sans forcer, les Lions ont ensuite forcé le respect. Chacun a élevé son niveau. Chacun a joué pour le présent, sans calculer l’après.
Dimanche arrive déjà. Et dimanche, à Rabat, ce sera le jour de la communion. Le jour où l’on dira, d’une seule voix : merci à cette sélection. Merci à Walid pour les émotions. On est déjà fiers. Mais comme il le dit si bien à chaque conférence d’après victoire depuis le début de la CAN : “Mazal ma derna walou”.
