CAN 2025 : Maroc–Nigeria, même pas peur !

Vingt-deux ans après, le Maroc retrouve le parfum d’une demi-finale de Coupe d’Afrique des Nations. Mercredi soir, au Complexe Moulay Abdellah, les Lions de l’Atlas défient le Nigeria, monument du football africain, dans un choc qui sent l’histoire, la revanche du temps et l’instant de bascule. Face à l’une des meilleures sélections du continent, le Maroc avance sans trembler. Respectueux, mais pas impressionné.

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Vingt-deux ans après, le Maroc retrouve le parfum d’une demi-finale de Coupe d’Afrique des Nations. Mercredi soir, au Complexe Moulay Abdellah, les Lions de l’Atlas défient le Nigéria, monument du football africain, dans un choc qui sent l’histoire, la revanche du temps et l’instant de bascule. Crédit: DR

Les Super Eagles. Des entrées dansantes, un style inégalé, deux Ballons d’Or africains, des joueurs physiques, techniques et toujours impeccablement habillés. Maillots vintages, survêtements uniques dessinés spécialement pour eux, costumes brandés Nike, équipementier qui a fait du Nigeria son étendard après le Brésil. Un jeu fantasque, une attaque de feu, des joueurs qui ne jurent que par le flair. Les dignes héritiers de Jay-Jay Okocha, Tijani Babangida et Obafemi Martins.

Mais tout ça ne nous fait pas peur. Au contraire. Tout ça nous motive. Car les Lions grandissent avec les grands. Ils l’ont prouvé. Plus d’une fois.

Les yeux dans les yeux

À travers l’histoire, le Maroc répond présent face aux équipes qui arrivent en fanfare, muscles saillants et certitudes bien installées. En 2004 déjà, le scénario était similaire. Okocha, Kanu, Utaka, Babayaro. Des stars en face, des favoris sur le papier. Et pourtant, un Maroc ambitieux, joueur et solide sur ses appuis avait surpris le Nigéria, s’imposant grâce à un but de Youssouf Hadji à la 77e minute.

Vingt-deux ans se sont écoulés depuis ce dernier Maroc–Nigeria en Coupe d’Afrique. Vingt-deux ans de galère pour le football marocain en Afrique. Entre-temps, les Super Eagles ont ajouté un sacre à leur palmarès, en 2013 en Afrique du Sud. Mais à 24 heures d’une demi-finale de CAN à Rabat, les forces ne sont plus les mêmes. Et le Maroc avance désormais avec le costume de favori naturel dans un choc qui déchaîne les passions.

Cette confiance, elle transpire aussi du discours du sélectionneur. Walid Regragui ne s’en cache plus.“Cela fait très longtemps que le Maroc n’a pas participé à une demi-finale de Coupe d’Afrique. Nous sommes donc déjà très contents. C’est leur 17e demi-finale, ce qui montre leur force et leur régularité. C’est bien pour le football africain, et nous espérons être à la hauteur du spectacle.”

“Le match de demain est l’un des plus importants de notre histoire depuis la demi-finale de la Coupe du monde au Qatar en 2022”

Walid Regragui, le sélectionneur

Mais derrière les mots policés, l’ambition est claire. “Tout ce qui nous importe, c’est de gagner. Le match de demain est l’un des plus importants de notre histoire depuis la demi-finale de la Coupe du monde au Qatar en 2022. Au Mondial, c’était une surprise… là, nous sommes à notre place”, a déclaré le sélectionneur.

Le quart de finale référence face au Cameroun a libéré les esprits. Les cauchemars des éliminations passées semblent enfin derrière. Le Maroc commence à s’autoriser le droit de rêver sans regarder dans le rétroviseur. “La prestation contre le Cameroun a rassuré les supporters. Nous sommes bien physiquement et mentalement, mais nous affrontons une équipe qui a digéré son élimination en Coupe du monde. Il faudra confirmer demain.”

Joueurs… des fois un peu trop

Mais comment joue réellement ce Nigéria qui impressionne tant par ses individualités ? Son trio de rêve — Iwobi, Osimhen, Lookman — est capable de tout. En cinq secondes, ils peuvent se projeter dans la surface adverse après une perte de balle. La vision et la qualité de passe d’Alex Iwobi, ancien d’Arsenal aujourd’hui à Fulham, en sont la clé. Plus que jamais libéré en sélection, il bénéficie d’un statut de superstar. Neveu de Jay-Jay Okocha. La technique est de famille, le flair aussi.

Iwobi face au jeu, c’est une menace permanente. Les appels de Lookman, électron libre, étirent les défenses. Osimhen, point d’appui et tueur dans la surface, a déjà inscrit quatre buts dans cette CAN. À cette liberté de mouvement s’ajoute la précision d’Akor Adams, capable de faire très mal. Le danger vient de partout, y compris des milieux comme Onyeka, qui surgissent en deuxième ou troisième lame sur les centres des latéraux. Le Nigéria d’Eric Chelle est dangereux. Presque autant que les Lions de l’Atlas.

Car à force de parler des forces adverses, on en oublie parfois l’essentiel : le Maroc aussi a des stars. Des joueurs en confiance, capables de faire basculer un match sur une seule action. Regragui l’a rappelé, sans arrogance mais sans complexe. “Ce sera un grand test pour nous, mais aussi pour eux, car ils n’ont toujours pas affronté un adversaire de ce niveau.”

De son côté, Eric Chelle a tenté un coup de bluff en conf : “Mes joueurs sont un peu fatigués, peut-être qu’on leur laissera le ballon demain car on sait qu’ils ont du mal face à des blocs bas”. Un bluff de veille de match… du déjà-vu, mais de bonne guerre.”

Le sélectionneur du Nigéria Éric Chelle, mardi 13 janvier 2026 à Rabat, lors de la conférence d‘avant-match Nigéria-Maroc.Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

Le plan anti-Eagles

Respectueux, oui. Impressionné, non. Le sélectionneur sait que ce Nigéria souffre lorsqu’il est pressé, privé de ses premières clés de jeu. À 24 heures du choc, un plan anti-Iwobi est forcément dans les têtes, à l’image de ce qui avait été fait face à Carlos Baleba. El Aynaoui, épaulé par El Khannouss et Saibari, auteur d’une prestation XXL face au Cameroun, aura un rôle central dans ce système. Neutralisé le joueur de Fulham, c’est bloquer leur “Quarter-Back”, capable de délivrer des passes lasers sur plusieurs mètres.

En bloc, on peut sembler intouchables, pas inquiétés, le Maroc est l’équipe qui encaisse le moins de tirs dans la compétition avec une moyenne de moins de 2 tirs par match. Dans un match comme celui-là, il faudra se montrer patients, mais surtout savoir rester concentré sur les coups de pieds arrêtés, et ne surtout pas perdre de ballon dans l’axe, car c’est la zone de pressing privilégiée par le Nigéria d’Eric Chelle. Bloquer les centreurs sera une nécessité, doubler les couloirs s’il le faut avec les efforts défensifs de Diaz et Ezzalzouli pour éviter les un contre un, et surtout tenter de bloquer un centre qui vise souvent le second poteau à la recherche de la détente surhumaine d’Osimhen.

Devant, Brahim Diaz sera le poison constant dans le demi-espace entre un milieu nigérian privé de Wilfried Ndidi (suspendu) et une défense emmenée par Calvin Bassey, rapide mais parfois attentiste. Autre zone de risque pour les Nigérians, les espaces laissés par Onyemaechi, le latéral gauche placé généralement très haut. Hakimi pourra arriver de loin en cas de perte de balle, El Khanouss peut s’y projeter aussi dans cet espace. El Kaabi, lui, aura de l’espace entre Ajayi et Bassey pour dévier, peser, marquer peut-être. Il n’a plus trouvé le chemin des filets depuis son retourné face à la Zambie, mais son travail pour le collectif n’a jamais cessé. Ezzalzouli est capable de déquilibrer, devancer, dépasser et laisser sur place n’importe quel latéral du monde. Son rôle sera de faire la différence en un contre un, dès que l’occasion se présente.

“Nous serons prêts mentalement, physiquement et techniquement. Notre objectif collectif, c’est de gagner la CAN”.

Munir Mohamedi, gardien

Un collectif soudé, justement. C’est aussi ce qu’a rappelé Munir Mohamedi, en conférence de presse : “Nous attendons ce match depuis très longtemps. Tous les Marocains en rêvaient. Il y a beaucoup de travail derrière cette réalisation. Nous serons prêts mentalement, physiquement et techniquement. Notre objectif collectif, c’est de gagner la CAN”.

Avant de conclure, Regragui a élargi le débat, fidèle à sa vision : “Pour moi, c’est l’une des CAN les plus relevées, donc j’ambitionne de la gagner. Nous avons les meilleurs joueurs des dernières années. C’est la meilleure publicité que nous puissions faire pour le football africain. En tant que fervent défenseur du football africain, je suis fier de ce qu’on propose et de ce qu’on montre, pour l’avenir de ce continent et de son football”.

Mercredi soir, il ne s’agira pas seulement de battre le Nigéria. Il s’agira de confirmer que le Maroc est enfin arrivé à maturité, débarrassé de ses démons, prêt à dominer le continent. Sans peur. Sans complexe. À sa place, de demi-finaliste d’une Coupe du Monde.

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