Àmi-chemin de notre CAN. Une Coupe d’Afrique à mi-chemin entre l’Afrique et l’Europe. Jamais une CAN n’avait été aussi suivie depuis l’autre rive de la Méditerranée. Le fuseau horaire aide, oui. Mais ce serait trop facile de s’arrêter là. Si le monde regarde, c’est parce que l’Afrique a décidé, cette fois, de se montrer telle qu’elle est vraiment. Les tribunes de presse débordent. Les media centers aussi. Et alors que les quarts de finale approchent, les journalistes continuent d’affluer, comme si personne ne voulait rater la suite.
Le Maroc a réussi son pari. Celui que beaucoup jugeaient démesuré, presque irréaliste : organiser la plus belle CAN de l’histoire. Les joueurs sont unanimes. Les sélectionneurs aussi. Les dirigeants du football africain ne s’en cachent plus : c’est digne d’une Coupe du Monde. Six villes, neuf stades, une organisation millimétrée, et la sensation permanente d’un continent accueilli avec respect, exigence et fierté. Mention spéciale aux petites enceintes de Rabat, Al Madina et Moulay El Hassan : des stades à l’anglaise, gradins au plus près, émotions à fleur de pelouse.
Une évidence s’impose : on n’a pas envie que cette CAN s’arrête. Les records d’affluence sont tombés et certains chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 40 000 spectateurs pour un Égypte–Afrique du Sud en phase de groupes. Plus de 45 000 pour RDC–Sénégal. Des matchs sans le pays hôte. Sans obligation. Juste pour l’amour du ballon.
La fête continue, et elle se joue désormais sans faux-semblants. Les grands sont au rendez-vous. Pas de miracle cette fois. Pas de surprise venue brouiller la hiérarchie. Dans des conditions idéales, souvent sous la pluie, les stars africaines d’Europe brillent comme à la maison. Le Big 8 est là. Le Maroc hôte, l’Égypte aux sept étoiles, le Cameroun aux cinq couronnes, la Côte d’Ivoire tenante du titre, le Sénégal revanchard, le Mali ambitieux, l’Algérie portée par son peuple, et le Nigéria, éternel favori par nature.
“L’Afrique nous regarde avec ce soupçon familier. Celui d’un Maroc toujours rattrapé par ses démons, convaincue que la CAN finit toujours par nous glisser entre les doigts”
Tout sera encore plus beau si Regragui et les siens franchissent l’obstacle camerounais ce vendredi. Briser enfin ce signe indien des quarts. S’offrir une demi-finale à la maison, face au vainqueur d’Algérie–Nigéria. À moins de vingt-quatre heures du coup d’envoi, le Maroc retient son souffle. C’est le match le plus important de l’ère Regragui. Plus encore qu’un quart de Coupe du Monde, où tout était déjà bonus.
Ici, il n’y a plus de marge. C’est être ou ne pas être. Gagner pour rester. Pour exister. Car malgré l’hospitalité parfaite, malgré l’organisation irréprochable, l’Afrique nous regarde encore avec ce soupçon familier. Celui d’un Maroc toujours rattrapé par ses démons, convaincue que la CAN finit toujours par nous glisser entre les doigts.
Et dans cette quête, un homme avance avec une légèreté presque insolente : Brahim Díaz. Quatre buts. Brahim nous porte
Nous sommes à mi-parcours. Passer ce stade, c’est s’autoriser à rêver sans trembler. Sans regarder derrière. Et dans cette quête, un homme avance avec une légèreté presque insolente : Brahim Díaz. Touché par la grâce du présent. Délivré du poids des échecs d’hier qu’il n’a pas vraiment connus. Et c’est peut-être sa plus grande force. Quatre buts. Brahim nous porte. Entre l’espoir et la légende. Entre l’histoire et le panthéon. Devant lui, trois matchs. Trois fois quatre-vingt-dix minutes. Peut-être un peu plus. À mi-chemin seulement. Mais déjà si près du toit de l’Afrique.
