Nous sommes en quart de finale, cher lecteur, et à l’instant même où tes yeux parcourent ces mots, notre sort face au Cameroun est probablement déjà scellé. Nous sommes soit éliminés, soit demi-finalistes. Le Boualem est ainsi contraint de vous proposer deux chroniques différentes, en se projetant dans les deux cas. Allez directement lire le paragraphe qui correspond à la réalité, l’autre ne vous apportera rien de bon, faites-moi confiance. Allons-y donc sans plus attendre.
Cette semaine, le Boualem vous propose deux chroniques en une : celle de la gloire si nous sommes qualifiés, celle du naufrage si nous sommes éliminés. Choisissez votre réalité, l’autre ne vous apportera rien de bon
Cas numéro 1, nous sommes demi-finalistes. Zakaria Boualem n’a jamais douté, il a su dès le début que cette équipe était vouée à la gloire, promise au titre final, condamnée à l’excellence. Il est clair que nos hésitations, piétinements et autres prestations en demi-teinte n’étaient que des feintes, des ruses pour égarer nos rivaux, et les précipiter dans les bras accueillants de l’arrogance. Pourtant, chacun sait que le Marocain ne se révèle que dans l’adversité. Nous appartenons à la famille des Apiacées, une sorte de cumin humain. Nous pouvons nous montrer empruntés contre l’Iran ou le Canada, mais dès que l’opposition grandit, nous nous sublimons. Après le Cameroun, nous n’aurons devant nous que des géants, et donc, nous serons des colosses.
Cette Coupe d’Afrique est aussi un triomphe organisationnel et sportif, personne n’aurait imaginé pareille fête. Souvenez-vous, il y a quelques années à peine, il suffisait d’une averse pour transformer nos stades en piscines et sortir en mondovision des outils aussi redoutables que la fameuse kerrata, que Dieu la précipite dans les ténèbres de l’oubli. Cette page est tournée, les amis, nous voguons désormais vers les lumières de la félicité, tous portés par le souffle d’un ballon rond, magique, transformé pour l’occasion en vecteur supersonique de turbo-développement, et merci.
Cas numéro 2, nous sommes éliminés, Allah y hfad. Zakaria Boualem le savait depuis le début. Dès les premiers matchs de préparation, il sentait, le bougre, que l’équipe n’était pas en place. Trop de blessés, trop de doutes, trop de changements, trop de stress. Et puis, bien sûr, il y a cette manie de faire taire la moindre critique, la moindre réserve en sortant les yeux et en invoquant le patriotisme, comme s’il y avait des gens plus marocains que d’autres. Du coup, pas de débat, pas de remise en cause, pas de progrès, et le crash dans toute sa splendeur se présente avec l’autorité d’un gendarme à la sortie du péage. L’hubris fracassé par Némésis.
“Ils ont transformé les matchs du mountakhab en happening people (notre élite vient vérifier son statut et le projeter au reste du monde à coup de stories) et ils s’étonnent de ne pas trouver de ferveur populaire”
Et, en prime, cette étrange habitude d’accuser le public, comme s’il y était pour quelque chose. Ils ont transformé les matchs du mountakhab en happening people, notre élite vient vérifier son statut et le projeter au reste du monde à coup de stories, et ils s’étonnent de ne pas trouver de ferveur populaire. Et puis, il faut le dire, on ne peut pas compter sur un sport, par définition soumis à l’incertitude, pour assurer le développement d’un pays. On ne peut pas demander à des jeunes hommes de vingt ans de garantir une victoire pour rentabiliser des investissements, c’est une attitude puérile.
Dernière chose avant de vous quitter. Dites-vous bien qu’on peut facilement passer d’un paragraphe à l’autre. Ils sont pourtant opposés, ils ne se rejoignent que dans la mauvaise foi. Mais la bascule est aisée : il suffit d’un mauvais rebond, d’un coup de vent, d’une caméra mal placée, d’un joueur victime d’une poussière dans l’œil ou d’un autre aux lacets défaits, ce genre de petites choses. Je vous laisse méditer là-dessus, c’est tout pour la semaine, et merci.
