CAN 2025 : Maroc–Cameroun, comme on se retrouve !

À domicile, pour sa CAN, le Maroc se retrouve face à l’un de ses vieux démons. Le Cameroun, adversaire du sacre perdu de 1988, se dresse à nouveau sur la route des Lions de l’Atlas, cette fois en quarts de finale. Une équipe camerounaise rajeunie, sans ses stars historiques mais riche d’intensité, de discipline et d’adaptabilité, qui avance portée par un esprit de revanche et une histoire qui pèse lourd. Plus qu’un simple choc africain, ce Maroc–Cameroun ressemble à un rendez-vous avec la mémoire, et à un test grandeur nature pour les ambitions marocaines.

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L’histoire a parfois ce sens cruel du symbole. À domicile, pour sa CAN, le Maroc croise la route de l’adversaire qui l’a privé d’un sacre attendu en 1988. Peu importe la manière, peu importe les polémiques d’alors, l’histoire n’a retenu qu’un nom : le champion. Et pour les Marocains, ce soir-là, un goût amer s’est installé, durablement, quelque part entre la gorge et la mémoire collective.

Depuis, chaque génération a tenté d’exorciser ce traumatisme. En vain. À chaque tentative, un nouveau scénario dévastateur, un échec de plus, des larmes fraîches pour refermer une vieille plaie jamais cicatrisée. Comme si la malédiction de la CAN avait vraiment commencé là, en 1988, lorsque la génération dorée de 1986 s’était déjà brisée en demi-finale face au puissant Cameroun, du début de l’ère d’Issa Hayatou.

Pour briser le sort à la maison, il faut donc repasser par les mêmes. Les Camerounais. Mais cette fois, tout a changé. Ou presque. Sauf le poids de l’histoire. Les Lions indomptables ne réussissent pas aux Lions de l’Atlas. 13 confrontations toutes compétitions confondues, 7 victoires camerounaises, deux victoires marocaines et quatre matchs nuls. L’une des rares sélections à avoir le dessus en confrontations directes avec le Maroc.

Les indomptables du renouveau

Le Cameroun d’aujourd’hui ne ressemble plus à celui des grandes heures, du moins sur le papier. Cinq étoiles désormais cousues sur le maillot, héritées des sacres de 1984, 1988, 2000, 2002 et 2017, ce dernier décroché au Gabon à la surprise générale, sous la houlette d’un certain Hugo Broos, et sans ses stars, parties en fronde pour des primes impayées. Déjà, à l’époque, les Lions indomptables avaient prouvé qu’ils savaient gagner autrement.

Sur la route de ces quarts de finale, le Cameroun a d’ailleurs éliminé ce même Broos, désormais à la tête de l’Afrique du Sud, pourtant annoncée comme un sérieux outsider. Une qualification acquise avec une génération sans grands noms, sans ses figures historiques. André Onana est resté à la maison. Vincent Aboubakar, l’un des meilleurs buteurs de l’histoire du pays, aussi. Une décision forte, assumée, prise par Samuel Eto’o, devenu président de la FECAFOOT.

Eto’o, justement, a encore secoué la maison camerounaise à la veille de la compétition. Limogeage de Marc Brys, jugé « sélectionneur du ministère », nomination express de David Pagou, formateur maison, prise en charge personnelle d’un convoi de journalistes… et une promesse : faire mieux que lors de la dernière CAN. Pour l’instant, le pari tient.

Jeunesse, intensité et football d’adaptation

Ce Cameroun version 2025 s’appuie sur une génération jeune, affamée, et surtout cohérente. Au milieu, Carlos Baleba impose sa puissance et sa justesse. Devant, Bryan Mbeumo apporte vitesse, percussion et intelligence de déplacement. Et puis il y a la surprise, Christian Kofane, révélation du côté du Bayer Leverkusen, déjà auteur de deux buts dans ce tournoi.

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L’autre grande force de ces Lions indomptables, c’est leur capacité d’adaptation. Capables de tenir le ballon, mais aussi de défendre bas, en bloc compact, avant de jaillir en transition. Leur défense à trois concède peu d’occasions, ferme les espaces, resserre les lignes et empêche les combinaisons rapides. L’Afrique du Sud en a fait les frais. Privés de leurs circuits habituels, les Bafana Bafana ont joué à contre-nature, avant de céder (2-1).

Transcendés, les Camerounais répondent présent quand le contexte s’y prête. Privés de Baleba pour ce quart de finale, suspendu, ils pourront néanmoins compter sur l’essentiel de leurs forces vives. Mbeumo, notamment, capable de recevoir sous pression, de jouer entre les lignes ou de plonger dans le dos de la défense. Gaucher, polyvalent, explosif, il représente une menace constante, surtout face à une défense marocaine qui laisse parfois beaucoup d’espaces dans son dos.

Le Maroc prévenu, Regragui lucide

Ce danger, Walid Regragui le connaît. Et il ne s’en cache pas. Après la victoire face à la Tanzanie, le sélectionneur marocain a clairement annoncé la couleur : s’adapter à l’adversaire, savoir reculer le bloc, fermer le jeu, cadenasser si nécessaire. Comme au Qatar, face aux meilleurs du monde.

Face au Cameroun, il n’y aura pas de place pour la naïveté. Les Lions indomptables n’ont peut-être plus leurs stars d’hier, mais ils ont retrouvé ce qui a toujours fait leur force : un maillot lourd d’histoire et une jeunesse pressée d’écrire la sienne. Le mélange est explosif. Le style, imprévisible.

À domicile, pour conjurer enfin le sort, le Maroc sait ce qui l’attend. Pour briser une malédiction vieille de près de quarante ans, il faudra battre plus qu’une équipe. Il faudra dominer un symbole.