La hogra d’Infantino

Par Yassine Majdi

Six jours. C’est le délai accordé aux sélections africaines pour préparer la CAN 2025, après que la FIFA a cédé aux pressions des clubs européens et repoussé la libération des joueurs au 15 décembre. Six petits jours avant le coup d’envoi d’une compétition continentale majeure, là où les règlements en imposent normalement treize. Une décision qui aurait été impensable en Europe, mais qui passe comme une lettre à la poste quand il s’agit de l’Afrique.

L’histoire se répète avec une régularité désarmante. La FIFA jongle avec le calendrier africain comme d’autres avec le ballon. La CAN 2025, initialement prévue l’été dernier, a déjà été déplacée en hiver pour accommoder la Coupe du monde des clubs, cette lubie de Gianni Infantino qui mobilise 32 équipes car elle génère deux milliards de dollars de revenus. Peu importe que cela bouleverse toute l’organisation continentale, ce qui compte, c’est la nouvelle vache à lait du président de la FIFA.

Avant cela, on avait tenté de forcer l’organisation de la CAN en été, ignorant superbement les spécificités climatiques d’un continent où les températures peuvent atteindre 45 degrés. Qu’importe la santé des joueurs, qu’importe la qualité du match, l’Afrique doit se plier aux exigences du calendrier de la FIFA. Et maintenant, sous la pression de l’Association européenne des clubs, l’instance suprême du football réduit de moitié le temps de préparation des sélections africaines. Les clubs très riches du Vieux continent peuvent tranquillement disputer leur championnat et se défier lors de la sixième journée de Ligue des champions. Les Lions de l’Atlas, les Éléphants et les Aigles, eux, s’adapteront.

“La FIFA règle les dates africaines selon ses intérêts, les clubs européens dictent leur loi, et les sélections africaines picorent les miettes qu’on leur laisse”

Yassine Majdi

Le plus choquant, c’est qu’on parle ici d’un continent qui vient de placer pour la première fois une équipe en demi-finale d’une Coupe du Monde. Le Maroc a écrit l’histoire en 2022, porté par des millions de supporters à travers l’Afrique, le monde arabe et d’autres contrées, tombés sous le charme d’un David terrassant des Goliath. L’Afrique, c’est aussi la terre d’Eusébio, George Weah, Samuel Eto’o, Didier Drogba, Mohamed Salah, Achraf Hakimi… des légendes qui ont inscrit leurs noms au panthéon du football. Le continent compte des talents inestimables, des stades qui se remplissent et une passion qui fait vibrer des nations entières.

Mais, surtout, l’Afrique pèse lourd sur l’échiquier politique de la FIFA. Avec 54 voix sur un peu plus de 200, le continent représente un quart des suffrages lors des congrès électoraux. C’est cette masse qui permet aux candidats à la présidence de sceller leur victoire. Et pourtant, à l’heure de respecter le football africain, ces mêmes dirigeants qui courtisent les fédérations africaines pour leurs votes deviennent sourds.

“Des hommes comme Fouzi Lekjaâ, président de la Fédération royale marocaine de football et membre du Conseil depuis 2021, doivent se lever et rappeler à Infantino que l’Afrique n’est pas une variable d’ajustement”

Yassine Majdi

Face à cette énième humiliation, les membres africains du Conseil de la FIFA ont une responsabilité historique. Des hommes comme Fouzi Lekjaâ, président de la Fédération royale marocaine de football et membre du Conseil depuis 2021, doivent se lever et rappeler à Infantino que l’Afrique n’est pas une variable d’ajustement. Qu’elle mérite autant de respect que l’Europe ou l’Amérique du Sud. Que les règlements s’appliquent à tous, ou ne s’appliquent à personne.Mais pour l’instant, on assiste au même scénario : la FIFA règle les dates africaines selon ses intérêts, les clubs européens dictent leur loi, et les sélections africaines picorent les miettes qu’on leur laisse.

Il est urgent que les représentants du continent au sein des instances mondiales tapent du poing sur la table. Sinon, l’Afrique restera ce qu’elle est aujourd’hui aux yeux de la FIFA : un réservoir de talents qu’on exploite, de voix qu’on courtise, et de compétitions qu’on maltraite.

à lire aussi