[Les 5 sens du Maroc, ép. 2] Du blanc de Tanger au rose de Kelâat M'gouna, petit tour du Maroc en couleurs

Et si on redécouvrait le Maroc à travers nos cinq sens ? Après le goût, les couleurs. Au Maroc, elles ne sont pas seulement décoratives, elles portent la mémoire, les rites, les saisons. Elles ont une âme. Elles composent une palette vivante qui illustre l’histoire du royaume. Ici, le blanc purifie, le bleu protège, le vert bénit, l’ocre raconte, le blanc reflète et le rose adoucit. 

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Le festival de la rose à Kelaât Mgouna Crédit: DR

Il y a des pays qu’on photographie, et puis il y a ceux qui se développent en nous comme une image dans une chambre noire. Le Maroc appartient à la seconde catégorie.

Ici, la couleur est une langue vivante : elle s’invite sur les murs, dans les tissus, les mosquées, les médinas, les paysages, les mets. Les teintes ont une fonction, une symbolique, parfois même un pouvoir.

Ce voyage n’est pas une carte postale. C’est un pèlerinage visuel. Cinq couleurs comme cinq portes d’entrée pour comprendre l’âme marocaine avec des haltes, des rencontres, des moments suspendus. Quand regarder avec ses yeux – et non son téléphone – devient un acte presque spirituel.

TangerCrédit: DR

Le blanc, passage vers la lumière

Le Maroc commence souvent en blanc. Le linge frais sur les terrasses, la chaux lumineuse sur les façades des maisons et des mosquées, les cafés de Tanger… Le blanc purifie, protège et recentre.

Où le vivre : à Tanger, le matin, le blanc des façades de la kasbah réfléchit la lumière qui vient de la mer. Asseyez-vous au Café Hafa avant 10h, quand la ville se réveille. Et bien sûr, à Casablanca : c’est une évidence, même si la ville blanche ne respecte pas toujours son nom. Son blanc peut être cassé, comme ses rues, ses murs, ses trottoirs, mais pas son charme.

Une expérience à tenter : Un rituel du blanc, un matin. Vêtement clair, petit-déjeuner au lait d’amande, carnet vierge. Contempler, ne rien remplir. Accepter la page blanche comme un départ.

Le bleu, entre protection et horizon 

ChefchaouenCrédit: DR

Le bleu marocain n’est pas qu’un décor. Mêlé à la chaux, il protège des insectes, en poudre il protège des problèmes de peau et même du mauvais œil. C’est la couleur des portes qui veillent et des mers qui libèrent.

Où le vivre : À Chefchaouen. Son indigo n’est pas un cliché, c’est une sensation. Le matin, avant les touristes, marchez dans l’ancienne médina et observez comment chaque nuance apaise l’esprit. Et bien sûr, à Essaouira : bleu océan, bleu barque, bleu vent. Le bleu ici sent l’iode, le bois, le cumin grillé.

Une expérience à tenter : Un atelier de pigments naturels dans la médina de Marrakech, à Bab Doukkala plus précisément. Demandez au maître des couleurs. Il vous montrera comment naissent le bleu Majorelle, berbère ou indigo et leur symbolique. Vous pouvez même apporter un vieux t-shirt blanc ou de vieilles Converse pour tenter de les teindre vous-même.

Le vert, comme jardin et espoir

à Ouezzane.Crédit: DR

Couleur de paix en islam, le vert apaise et bénit. Il ornemente les mosquées, les portes sacrées, les zelliges, les patios des riads secrets.

Où le vivre : À Fès, plongez dans le vert profond des tuiles de la médersa Bou Inania, majestueux, presque solennel. Ici, le vert est prière. Et à Taroudant, en découvrant des jardins intérieurs cachés derrière des murs anonymes. En dégustant un thé à la menthe dans une cour ombragée.

Une expérience à tenter : Rencontrer un artisan zellige qui n’utilise que des pigments naturels. À Fès, dans le quartier des Andalous, certains ouvrent leur atelier pour montrer les gestes millénaires de l’émaillage.

L’ocre, la terre et le refuge

Aït BenhaddouCrédit: DR

L’ocre, c’est la peau du Maroc. Celle des kasbahs, des dunes, des poteries, de la terre battue. C’est une couleur qui sent le vent chaud, les épices et l’ambre.

Où le vivre : À Aït Benhaddou, au lever du soleil. Le rose ocre devient or, puis cuivre, puis presque violet. On comprend alors que ses murailles ont absorbé les siècles. Mais aussi dans l’oasis de Skoura. La lumière qui filtre à travers les palmiers crée un ocre mouvant, presque liquide.

Une expérience à tenter : Près de Tinghir, certains anciens conservent encore la tradition de peindre les murs avec des pigments d’argile mélangés à du henné et du lait d’ânesse. Sur demande et avec respect on peut observer le rituel. Ou alors, touchez la terre, littéralement, lors d’un atelier poterie à Tamegroute. 

Le rose, la poésie du sud

Moins célèbre que le bleu ou l’ocre, le rose marocain est une caresse. Il colore l’air du Sud, les foulards, certaines médinas, les fleurs, les maisons qui ressemblent à des poèmes d’argile.

Où le vivre : À Marrakech, au crépuscule, depuis un rooftop discret à Bab Doukkala ou Sidi Ghanem, pour découvrir les 50 nuances de rose terracotta de la ville. Mais aussi à Kelâat M’gouna, dans la célèbre Vallée des Roses : au printemps, avant les festivals, quand les femmes tressent les pétales à l’aube. 

Les roses de Kelaât MgounaCrédit: DR

Une expérience à tenter : Observer la distillation artisanale de la rose, pas dans les coopératives touristiques, mais dans une petite maison de village. On vous offrira un verre d’eau à la rose : fragile, presque sacré. Ou dormir dans une maison en pisé du sud, murs rosés, silence du désert. Le rose est aussi un état intérieur.

Un shot de couleurs

Et puis, il y a toutes les couleurs mêlées, pour celles et ceux qui refusent de choisir. Le Maroc, au fond, est un pays polychrome, un vitrail mouvant où les teintes dialoguent plus qu’elles ne s’opposent. Dans les zelliges de Fès, les motifs géométriques forment une prière en mosaïque : chaque éclat de vert, de bleu ou d’orange ambré y trouve sa place.

Les célèbres tanneries de Fès.Crédit: DR

Sur les poteries de Safi, les pigments dansent au gré du geste du maître. Et partout, le bougainvillier déborde des murs blancs, jetant ses rose vif, pourpre, corail, blanc comme un éclat de rire sur la chaux immobile. C’est un peu ça le Maroc : une chorégraphie de couleurs qui se répondent.

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