[Les 5 sens du Maroc, ép. 1] Street food : de la harira à la maakouda, en passant par les sfenjs, le Maroc à la bouche

Et si on redécouvrait le Maroc à travers nos cinq sens ? En commençant la série, of course, avec le goût. Chaque quartier cache ses adresses secrètes : la meilleure harira à quatre heures du matin, le sfenj le plus savoureux… Voici un voyage culinaire, forcément subjectif, de ville en ville.

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Si vous voulez comprendre un pays, faites simple : allez manger où personne n’a pensé à vous inviter. Là où la nappe est un carton, où on ne vous demande pas votre avis, où l’on vous sert ce qu’il y a et c’est souvent ce qu’il y a de mieux. Au Maroc aussi, la découverte commence par l’assiette. La cuisine y est un langage d’amour, une porte d’entrée vers les villes, leurs traditions et, surtout, leurs habitants. On goûte, on est surpris, parfois on sort même de sa zone de confort. Un conseil : allez-y affamé, curieux, prêt à goûter. Le Maroc s’explore le ventre ouvert autant que l’esprit.

Pas d’adresses précises ici, mais des sensations à débusquer : l’effervescence d’un trottoir, l’odeur d’un plat qui fume, le goût d’un instant authentique. Sur place, observez les habitués qui choisissent, sans menu ni explication, ce qu’ils vont manger. Voilà comment l’on reconnaît “a place to be” : la foule autour d’un commerçant, quand dix autres, autour de lui, proposent la même chose.

Tanger : un petit-déj’ à Beni Makada

Ce n’est pas Instagram qui vous enverra ici. Et c’est tant mieux. Beni Makada, c’est le matin rugueux de Tanger : msemen qui fume, beurre rance qui pique un peu le nez, fromage rouge en triangle, olives luisantes, et un thé servi dans un verre qui a clairement vécu d’autres vies. On mange, on parle fort, on se réveille. Vous cherchez le vrai Tanger ? Il est est là, encore décoiffé.

Tétouan : la harira de fin de marché

Quand les étals ferment, que les vendeurs comptent leurs dirhams et que la lumière baisse, arrive la harira. Pas celle en pot de la tante du cousin du voisin, non, celle qui sauve la fin de journée. Bouillante, épaisse, on vous la sert dans un bol trop chaud, que vous attrapez avec un mouchoir comme si c’était délicat. On mange debout, entre deux balances et trois cageots, puis on repart, repu.

Fès : la maakouda croustillante

À Fès, laissez tomber les restaurants et autres riads : partez à l’aventure dans les ruelles de la médina. Suivez votre nez, attiré par l’odeur d’huile chaude et d’ail, et vous trouverez des maakoudas frétillant dans la poêle d’un stand parfois improvisé, où le khlii se mêle aux œufs. Ici, ce n’est pas la carte qui compte, mais l’instant, le goût d’une “street-food” sincère, l’odeur des épices, le contact direct avec la ville. Cherchez ces sensations, et vous comprendrez Fès avant même de l’avoir traversée.

Salé : les sardines à la plage

À Salé, la corniche sent le sel, l’iode et l’huile chaude. De petits restaurants alignés face à la mer font frire poissons et fruits de mer sous vos yeux : calamars, sardines, crevettes… On vous sert dans une assiette en métal, avec un quartier de citron, du pain encore chaud et les doigts qui brillent. Pas de chichi : juste la mer et ce goût franc de poisson frais. Et si vous poussez un peu derrière, dans les ruelles qui s’éloignent de l’eau, vous tomberez sur un marché aux puces où tout se négocie : vêtements, vaisselle, livres…

Casablanca : calamars frits et sfenjs

À Derb Ghallef, temple de la technologie informelle, le déjeuner n’est pas une évidence, et pourtant, c’est un incontournable pour les amoureux de calamars frits. Ici, on vous les sert en montagne, presque comme dans un concours “qui réussira à finir son assiette”.

Plus tard, au coin du boulevard Yacoub El Mansour, ce sont les sfenjs qui attendent, croustillants, moelleux, bien chauds, trempés dans un filet de miel, même si on vous les conseille nature. On vous conseille aussi de ne pas trop tarder, car l’échoppe est sold out plus vite que des places de concert pour Beyoncé.

Marrakech : la bissara de Derb Jdid

Dans le chaos organisé de la médina de Marrakech, au bout de Derb Jdid, tout près du souk El Kessabine, une ampoule nue éclaire un comptoir en béton un peu écaillé. Ici, pas d’enseigne, juste un homme derrière une marmite fumante de bissara, cette purée de fèves épaisse qui réconcilie le corps avec le matin. On s’assoit sur une caisse renversée, le bol arrive brûlant, orné d’un filet d’huile d’olive, d’un soupçon de cumin, parfois d’une goutte de citron.

Essaouira : oursins du matin au port (en saison)

Pas un brunch. Pas un plateau fancy. Juste l’aube, les pêcheurs, et un oursin ouvert au couteau. À manger là, sans pain, sans assiette. Juste la mer qui passe directement dans votre bouche. Un shot d’iode, cru et pur.

Agadir : le tagine soudani du Souss

Un plat dont on parle peu, et c’est un crime. Arachides, huile d’argan, un piment qui donne son nom au plat, il faut avoir les papilles et l’estomac bien accrochés.

Taliouine : la berboucha au safran

La berboucha est un plat réconfortant préparé à base de gros grains de couscous, mijotés dans un bouillon léger et parfumé au safran pur. Du safran de Taliouine, petite ville située à une centaine de kilomètres de Taroudant et célèbre pour la qualité de sa production. Un plat humble, mais intensément aromatique, dans lequel le safran ne joue pas un rôle secondaire : il en est l’âme.

Merzouga : un pain de sable

Le fameux “pain de sable”Crédit: DR

Comme disent les jeunes, no filter needed. Un trou dans le sable brûlant du désert, que l’on recouvre de braises. Puis on attend, parce qu’ici, le temps ne se négocie pas. Quand le pain ressort, on le frappe pour enlever les grains, on le déchire, on déguste. Un pain chaud sur une langue sèche. Voilà le goût du Sahara : minimal, essentiel et inoubliable.