Barrages : notre passion nationale décortiquée

Par Réda Allali

Cette semaine, décortiquons ensemble notre passion pour les barrages routiers. Parfois, ils se succèdent, installés par des hommes en bleu ou gris, comme s’ils représentaient des entités concurrentes, et ça, le Boualem vous le dit, ce n’est pas joli joli

Il est salutaire, de temps en temps, de s’affranchir des gesticulations du quotidien, des polémiques du jour et des convulsions numériques passagères pour se pencher, telle une de nos nombreuses commissions prévues à cet effet, sur un sujet de fond. Le Boualem, donc, compte ouvrir ici même un cycle d’articles, publiés à des fréquences aléatoires, sur des questions importantes qui ralentissent notre marche vers les lumières de la félicité. Au moment où se succèdent les conférences, symposiums, panels, assises et autres webinaires, il ne voit pas pourquoi il se retiendrait, le bougre, de donner un avis que personne ne lui a demandé, un de plus. Aujourd’hui, donc, nous allons décortiquer ensemble cette vive passion que nous nourrissons pour les barrages routiers. 

Vous le savez, car c’est une évidence, il y a chez nous, sur nos routes, à intervalles réguliers, des panneaux placés au milieu de la route, qui nous somment de ralentir ou de nous arrêter, ce n’est jamais très clair, instructions systématiquement contredites par un homme qui agite mollement un avant-bras droit épuisé, pour vous signaler d’avancer, faisant fi des panneaux susnommés. Il s’ensuit une phase de dévisagement, elle aussi menée sans grand enthousiasme, et tout le monde continue son chemin avec l’impression d’avoir perdu un peu de temps, mais hamdoullah on est un pays sûr. Parfois, il arrive même que deux barrages se succèdent sur une faible distance, installés par deux entités différentes, grises et bleues, un peu comme s’ils représentaient des entités concurrentes, et ça, Zakaria Boualem vous le dit, ce n’est pas joli joli. Évidemment, il faut ajouter à cette profusion de contrôles quelques goulots à la sortie des péages – pourtant conçus pour nous faire gagner du temps –, ils font eux aussi partie du décor. LA question est  pourquoi ? Après réflexion, voici les pistes proposées par le Boualem.

  1.     Pour des raisons historiques, comme un hommage à notre glorieux passé. La stabilité du royaume, telle qu’elle a été obtenue, par exemple, par Moulay Ismaïl après une période de troubles, atteinte notamment grâce à ce type de barrages. Il paraît qu’il s’enorgueillissait, le grand homme, que sous son règne, la femme et le juif, incarnations de la vulnérabilité selon les critères de l’époque, puissent traverser le pays à pied. Qui dit route sûre, dit commerce prospère, souks débordants, et donc impôts en cascade, car, en fin de compte, c’est bien le souci du Makhzen (au sens propre du terme). N’y voyez aucun signe de mauvais esprit de la part du Guercifi, ces faits sont vérifiés par nos plus éminents historiens.

“Il s’agit, bien entendu, de contraindre un peu le Marocain dans ses déplacements afin d’éviter, comme dit la Gen Z, qu’il ne prenne la confiance”

Zakaria Boualem
  1.       Pour des raisons psychologiques, comme un message subliminal. Il est de bon ton de rappeler au locataire qu’il n’est pas chez lui. Un peu comme nos bâtiments officiels, qui bénéficient d’entrées grandioses  mais nous font entrer par une misérable porte dérobée. Il s’agit, bien entendu, de contraindre un peu le Marocain dans ses déplacements afin d’éviter, comme dit la Gen Z, qu’il ne prenne la confiance. 
  2.     Par réflexe, tout simplement. Avez-vous remarqué, les amis, que s’il vous venait l’étrange idée de prendre un billet de train sur Internet, vous serez assailli d’une masse de questions que personne ne vous pose au guichet, pour le même billet ? Quand on peut poser des questions, regarder un peu ce qui se passe, “chemchemer”, il est difficile de résister, c’est une question de nature.

Voilà pour la première partie de ce dossier de fond, ne vous éloignez pas, car ce n’est pas fini, et merci.

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