Sahara : l’après 31 octobre

Par Yassine Majdi

Le 31 octobre 2025 restera dans les annales du Maroc. Le plan d’autonomie marocain est reconnu comme la voie optimale pour la résolution du conflit au Sahara. Il est même mentionné à six reprises dans un texte ne faisant pourtant qu’une seule page. Mohammed VI l’a dit : “Il y aura un avant et un après 31 octobre 2025”. À Rabat, l’euphorie est palpable. On célèbre enfin un tournant historique. Mais le plus dur est à venir.

Nasser Bourita peut se féliciter d’avoir arraché ce texte dans l’urgence, avec l’intervention personnelle du souverain, qui a multiplié les contacts diplomatiques au plus haut niveau les derniers jours avant le vote

Yassine Majdi

Car entre une résolution onusienne favorable et sa transformation en réalité, il y a un gouffre. Un gouffre que ni nos réussites, ni même l’appui américain ne suffiront à combler seuls. La résolution 2797 n’est pas un aboutissement, c’est un point de départ. Nasser Bourita peut se féliciter d’avoir arraché ce texte dans l’urgence, avec l’intervention personnelle du souverain, qui a multiplié les contacts diplomatiques au plus haut niveau les derniers jours avant le vote.

La technique de négociation marocaine a été redoutablement efficace : présenter un “draft zero” exagéré pour obtenir le maximum dans le texte final. Résultat : le plan d’autonomie devient la base optimale, les quatre parties (incluant l’Algérie) sont nommément désignées, l’autonomie sous souveraineté marocaine est explicitement mentionnée. Sur le papier, c’est une victoire incontestable.

“Alger campe sur la résolution 1514 de 1960, celle des référendums d’indépendance à la mode “accords d’Évian”. Une vision figée qui ne correspond plus aux réalités du XXIe siècle”

Yassine Majdi

Mais l’Algérie refuse de lire ce qui est écrit. Alger campe sur la résolution 1514 de 1960, celle des référendums d’indépendance à la mode “accords d’Évian”. Une vision figée qui ne correspond plus aux réalités du XXIe siècle. Le Polisario, lui, se réfugie dans un silence pesant. Et l’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, dilue déjà les paramètres de la résolution en mettant artificiellement sur le même niveau le plan marocain (mentionné six fois) et le “document du Polisario” (mentionné zéro fois).

Face à ce déni algérien et à cette résistance onusienne, le Maroc va devoir livrer une bataille autrement plus complexe. Une bataille technique, juridique, sécuritaire et politique. Il faudra actualiser le plan d’autonomie de 2007 tout en sanctuarisant, lors des négociations, les pouvoirs régaliens exercés par le Maroc sur son Sahara : la monnaie, le drapeau, les affaires étrangères et la défense.

à lire aussi

Les enjeux sécuritaires seront décisifs. Quelle intégration pour les éléments armés du Polisario et leurs forces de l’ordre ? Les questions juridiques suivront : qui contrôle le sol et le sous-sol ? Quelle répartition des ressources ? Faut-il une clause de réversibilité constitutionnelle ? Et les questions diplomatiques demeurent. Comment agir si l’Algérie refuse de négocier ? Si le Polisario boycotte ? Si De Mistura continue de diluer les paramètres du texte ?

“La bataille ne fait que commencer. Et cette fois, elle ne se mènera pas dans les salons feutrés du Conseil de sécurité, elle portera sur les détails arides de la mise en œuvre”

Yassine Majdi

Le Maroc doit se préparer à une longue séquence. Technique. Rugueuse. Semée d’obstacles. La bataille ne fait que commencer. Et cette fois, elle ne se mènera pas dans les salons feutrés du Conseil de sécurité, elle portera sur les détails arides de la mise en œuvre. C’est là que tout peut se jouer – ou se défaire. Le royaume a remporté la bataille du cadre. Il reste à gagner celle du contenu. Face à une Algérie récalcitrante qui nie l’évidence, un Polisario muré dans son refus, et un médiateur onusien déjà hésitant, rien n’est encore vraiment fait. Nous, Marocains, avons appris à ne plus célébrer les qualifications mais les victoires dans le football. Le même adage doit s’appliquer à la diplomatie. La résolution 2797 n’est qu’une qualification pour la phase finale. Les matchs décisifs commencent maintenant.

à lire aussi