Sommes-nous prêts pour le plan d’autonomie ?

Par Abdellah Tourabi

Il ne faut jamais bouder son plaisir, surtout lorsqu’il s’agit d’un succès diplomatique relatif à la question du Sahara. La résolution du Conseil de sécurité, du 31 octobre dernier, consacrant le Plan d’autonomie comme base de négociations, est le résultat d’un travail patient et méthodique de la part du Maroc. Elle vient couronner des années de réflexion et d’action, de préparation d’alliances et de lecture minutieuse des moindres changements sur la scène internationale. Une page est tournée, une autre est en cours d’écriture. Et cela fait naturellement ressurgir de nouvelles questions.

Ainsi, dans son dernier discours, le roi a précisé que le Maroc allait procéder à l’actualisation et à la formulation détaillée de la proposition d’autonomie, pour la soumettre ultérieurement aux Nations Unies. Le souverain fait référence au document élaboré en 2007, qui a servi de socle à tout l’effort diplomatique déployé depuis près de deux décennies. En parcourant ce texte, un lecteur non averti pourrait être étonné par la teneur audacieuse de la proposition marocaine. 

“Il s’agit d’un véritable big-bang dans l’organisation politique et administrative du royaume, mais aussi dans les représentations mentales des Marocains”

Abdellah Tourabi

La région autonome du Sahara disposerait d’organes exécutif, législatif et judiciaire propres, elle aurait une police locale ainsi qu’une fiscalité décidée par les organes de cette région. L’État marocain conserverait évidemment les compétences exclusives et régaliennes (attributs de souveraineté, Commanderie des croyants, sécurité nationale et relations extérieures), mais de larges pouvoirs seraient transférés à la Région autonome du Sahara. Il s’agit d’un véritable big-bang dans l’organisation politique et administrative du royaume, mais aussi dans les représentations mentales des citoyens marocains. Rien, dans leur univers politique et culturel, ne correspond à ce qui est proposé dans le Plan d’autonomie.

Depuis l’indépendance, le Maroc a adopté un modèle jacobin, centralisé : il faut “monter à Rabat” pour régler les moindres problèmes. La régionalisation demeure limitée, et l’ombre de l’État central plane constamment. Il faut remonter loin dans l’histoire du pays pour retrouver une logique qui puisse correspondre à celle proposée par le Plan d’autonomie. Il s’agit de cette antique logique d’empire, dominante avant l’arrivée du protectorat français, où existait un centre politique et religieux, incarné par les sultans, qui gouvernaient le pays par délégation. Les tribus géraient leurs affaires quotidiennes selon leurs propres règles et sous le contrôle des représentants du Makhzen. Le recours aux sultans se faisait en dernier ressort, en leur qualité d’arbitres, lorsque les solutions locales s’épuisaient. Aujourd’hui, toute la culture politique et administrative du Maroc contemporain est basée sur la centralisation et le contrôle pointilleux de Rabat.

Le Plan d’autonomie est donc un défi interne majeur pour le Maroc, qu’il faudra relever. Parce que la fortune sourit aux audacieux, ce défi et cette prise de risque pourraient être une chance inouïe pour davantage de démocratisation du pays. Le renforcement de la régionalisation, le respect des spécificités locales et la responsabilisation des élus – l’État central se concentrant sur ses rôles stratégiques – peuvent changer le visage du Maroc et en faire une véritable exception dans son espace géographique et culturel. Mais avons-nous les élites politiques capables de relever ce défi ? L’État est-il disposé à se défaire de ses réflexes traditionnels ? Et les Marocains sont-ils prêts à une telle transformation ? Wait and hope ! 

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