Une GenZ en stand-by

Par Nassim El Kerf

Ils sont nés à l’heure des smartphones, ont grandi avec des rêves en haute définition, et se battent aujourd’hui pour exister, dans la rue comme sur les terrains. La Gen Z marocaine, qu’on croyait anesthésiée par les scrolls infinis et les promesses vides, est en train de rappeler qu’elle a de la voix, du cran et du jeu. Pendant qu’une partie manifeste, une autre brille à l’autre bout du monde, au Chili, dans une Coupe du Monde U20 de haute volée. Les Lionceaux de l’Atlas terminent ainsi premiers d’un groupe réputé impossible, composé du Mexique, du Brésil et de l’Espagne. Trois géants de la formation. Et pourtant, ce sont bien les Marocains qui ont dominé, avec une audace tranquille, une discipline européenne et un brin d’arrogance bien marocaine. Puis ils ont battu les Sud-Coréens en huitièmes de finale.

Le paradoxe, c’est que la plupart de ces jeunes n’ont pas le temps de jeu qu’ils méritent au pays. Gessime fait ses armes à Dunkerque en Ligue 2, Baouf joue à Cambuur aux Pays-Bas, El Haddad s’entraîne avec l’équipe première de Venezia, bien qu’il ne dispute que les matchs avec les jeunes… Sans parler du gardien, Yanis Benchaouch, qui s’entraîne aussi avec les A de l’AS Monaco. Après leurs prouesses au Mondial, on les verra sans aucun doute gravir plus d’échelons. Othman Maama a quitté Montpellier pour Watford cet été. D’autres stars de cette Coupe du Monde, formées à l’Académie Mohammed VI, sont passées par l’Union de Touarga (UTS) qui leur promet du temps de jeu, et un avenir européen. Le Maroc gagne, mais ses meilleurs joueurs font leurs dents ailleurs. 

Sur nos pelouses, le jeune attend, observe, puis s’essouffle. Mehdi Mchakhchekh, héros discret du CHAN et pur produit du Raja, a reculé dans la hiérarchie jusqu’à devenir un cinquième choix. Bouchaib Arrassi, lui aussi champion d’Afrique des locaux, regarde désormais les matchs depuis les gradins. Mouad Dahak, capitaine des U20, n’a même pas été convoqué pour cette Coupe du Monde qu’il aurait dû incarner, faute de temps de jeu au Raja. Je n’ai volontairement cité que ces joueurs, car ils font partie d’une équipe qui a longtemps placé la formation au centre de ses projets. Mais ça, c’était avant.

“Jetez un coup d’œil à la moyenne d’âge des équipes de la Botola. On se vante de notre “jeunesse dorée”, mais on la garde sous cloche”

Nassim El Kerf

Mais le blocage ne concerne pas que le Raja. À l’exception du FUS, jetez un coup d’œil à la moyenne d’âge des équipes de la Botola. Un système qui promet beaucoup, et fait jouer les mêmes visages, encore et encore. On se vante de notre “jeunesse dorée”, mais on la garde sous cloche. Pendant que l’Europe lance ses jeunes de vingt ans dans les grands championnats, la Botola continue de recycler ses trentenaires comme si la routine valait mieux que le risque. Et les jeunes finissent par craindre de rêver. Pourtant, cette génération a déjà prouvé qu’elle savait tenir tête aux meilleurs, qu’elle pouvait jouer sans trembler, sans complexes.

La vraie modernité, c’est de faire confiance. C’est de se dire qu’un jeune de 19 ans peut apprendre plus en une mi-temps qu’un vétéran en une saison. C’est d’arrêter de confondre “expérience” avec “ancienneté”, et comprendre que le talent, lui, n’a ni barbe ni ride. La Gen Z est là. Elle parle, elle joue, elle revendique. Dans la rue, elle réclame des droits. Sur le terrain, elle réclame une place. Et si on lui ouvrait enfin les portes, plutôt que d’attendre qu’elle les enfonce ? Car à force de faire patienter la jeunesse, on condamne la Botola à vieillir sans grandir.

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