[Tribune] De la fureur de contester au devoir de construire : Le défi de la jeunesse marocaine

Par Mohamed Horani

La jeunesse marocaine incarne une énergie puissante, faite de lucidité, de soif de justice et de volonté de changement. Mais cette force, lorsqu’elle s’exprime surtout dans la contestation et la colère, risque de se disperser. Entre la fureur de dénoncer et le devoir de construire, un nouvel équilibre est à inventer. C’est à l’ensemble des forces vives du pays — familles, éducateurs, institutions, entreprises et médias — d’accompagner cette génération pour transformer son indignation en engagement éclairé et en énergie de progrès durable. Une tribune signée Mohamed Horani, président du groupe HPS, membre du CESE dans la catégorie des experts et ancien président de la CGEM.

Une énergie précieuse, parfois dispersée

Une énergie nouvelle traverse notre société. Portée par la jeunesse, elle exprime une soif de justice, une sensibilité vive face aux inégalités et un profond désir de vérité. Cette ferveur est précieuse : elle incarne la vitalité d’un pays vivant, conscient de ses défis.

Toutefois, cette énergie se perd parfois dans la contestation permanente. Sur les réseaux comme dans les discussions, beaucoup de jeunes rejettent tout en bloc. L’indignation devient réflexe, la nuance s’efface. Comment transformer cette fureur en une force de construction durable ?

Une génération connectée, mais en quête de repères

Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi dans un monde numérique où l’information circule sans hiérarchie ni filtre. Si beaucoup d’entre eux ont développé d’excellentes capacités de discernement face au flux, une grande partie y navigue encore sans la boussole critique nécessaire pour distinguer le vrai du faux, le fond de la forme. Dans cet océan d’opinions, la réaction immédiate l’emporte souvent sur la réflexion posée, et l’émotion remplace l’analyse.

Ce rapport au monde se traduit aussi par une méfiance envers la politique et les institutions. Beaucoup se détournent de la participation citoyenne, convaincus que tout est bloqué ou corrompu. Cette posture, si elle part d’une déception légitime, les prive pourtant de leur pouvoir d’agir. En se plaçant en spectateurs critiques, ils risquent de renoncer à devenir acteurs du changement.

Reconnaître les faiblesses sans oublier les avancées

Il est vrai que notre pays à ses faiblesses : chômage des jeunes, éducation à réformer, inégalités persistantes. Mais il serait injuste d’en rester là.

Le Maroc est aussi un pays qui avance, porté par une stabilité politique exemplaire, des réformes courageuses, et de grands chantiers structurants. Le royaume se transforme dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, de la santé, de l’éducation, de l’entrepreneuriat et de la culture. Surtout, il a su compter sur ses propres talents, ses femmes et ses hommes qui innovent, créent et font rayonner le pays bien au-delà de ses frontières. Reconnaître les insuffisances ne doit jamais faire oublier les réussites : c’est là le regard équilibré d’un patriotisme lucide.

Accompagner la jeunesse vers la responsabilité

L’esprit critique ne consiste pas à rejeter, mais à comprendre. Comprendre les causes, les nuances, les contraintes. Avant de juger, il faut savoir. Cela demande de la rigueur, de la culture et du discernement.

Cet apprentissage suppose un dialogue intergénérationnel sincère, où les aînés ont le courage de dire les choses, et les jeunes, celui de les entendre. Trop souvent, par peur de blesser les jeunes, les aînés tombent dans la complaisance. Or, le vrai respect, c’est d’exiger. Le véritable accompagnement, c’est d’aider à grandir, pas de conforter dans la facilité.

Cet accompagnement doit mobiliser toutes les forces vives du pays : enseignants, familles, médias, intellectuels, entreprises, associations, institutions. Tous ont un rôle à jouer pour guider cette jeunesse, lui donner confiance, repères et ambition. Car aucun projet national ne réussira sans une jeunesse éduquée, responsable et engagée.

Le défi de la transformation

La génération Z possède un potentiel immense. Son audace, sa créativité et sa liberté d’expression sont des atouts formidables. Le défi n’est pas de la calmer, mais de l’encourager à s’exprimer, à travers tous les canaux, y compris le digital, et l’aider à canaliser son énergie pour construire.

Cela exige un double courage :

  • Le courage, pour les jeunes, d’écouter des vérités qui bousculent ;
  • Et le courage, pour les aînés, de les exprimer avec exigence et bienveillance.

C’est à cette condition que la fureur de contester se transformera en volonté de bâtir. Et c’est ainsi que la jeunesse du Maroc deviendra la force motrice d’un avenir plus lucide, plus confiant et plus solidaire.

Le Maroc a aujourd’hui l’opportunité unique de créer un modèle de participation constructive qui tire pleinement parti des outils numériques et de la voix de cette jeunesse connectée.