Discrimination positive, effets négatifs

Par Abdellah Tourabi

En 2002, une mesure de discrimination positive a été introduite dans la loi électorale pour permettre une plus grande représentation des femmes au parlement. Après les élections de septembre 2002, les premières sous le règne de Mohamed VI, 35 femmes députées ont rejoint les bancs de la Chambre des représentants. Pour l’anecdote, le parlement marocain était si peu habitué à la présence féminine qu’il a fallu aménager en urgence des toilettes réservées aux dames après le scrutin.

À l’origine, l’adoption d’un quota pour les femmes parlementaires était conçue comme une mesure transitoire, un coup de pouce institutionnel destiné à briser les stéréotypes machistes et à encourager les femmes à s’engager dans la vie politique. L’intention était louable.

Pourtant, près d’un quart de siècle plus tard, le bilan n’est pas reluisant. Le système de quotas demeure la voie essentielle pour permettre aux femmes d’accéder au parlement, et ce qui a été conçu comme transitoire est devenu la norme. Aux dernières élections législatives de 2021, l’arrivée de 96 femmes à la Chambre des représentants a été fièrement annoncée et présentée comme un record. Mais, en réalité, cette avancée n’était qu’un petit bonsaï qui cachait le désert de la faible présence féminine au parlement. Sur ces 96 députées, seulement 6 avaient mené campagne dans leurs circonscriptions pour remporter leur siège. L’écrasante majorité (90 parlementaires) était issue de cette mesure de discrimination positive. 

“Avec un taux de 24% de femmes au parlement, le Maroc est loin des standards des pays démocratiques et égalitaires”

Abdellah Tourabi

Cette situation semble arranger tout le monde. D’abord l’État marocain qui, en maintenant ce système, se prémunit contre les critiques nationales et internationales sur la représentation des femmes dans la vie politique. Avec un taux de 24% de femmes au parlement, le Maroc est loin des standards des pays démocratiques et égalitaires, mais il donne l’apparence d’être un pays volontariste sur cette question. Mais les grands gagnants de ce système restent les dirigeants des partis politiques. Frileux ou cyniques, ils préfèrent placer des candidats masculins (des notables, notamment) dans les circonscriptions, car ils auraient, selon eux, plus de chances de recueillir les voix des électeurs. Selon cette logique, dont rien ne permet de démontrer la pertinence, les Marocains rechignent encore à voter pour des femmes. Le système des quotas est alors utilisé par les élites des partis comme un outil de distribution d’une rente politique au sein de leurs formations. Le mécanisme est davantage perverti et détourné quand il devient un moyen de promotion familiale. On a vu alors des filles, des épouses ou des sœurs de dirigeants politiques faire leur entrée au parlement à travers le système des quotas.

Au bout du compte, on se retrouve avec une mesure vidée de son sens et qui ne produit pas d’effets positifs et réels sur la vie politique marocaine. Les députées issues de ce mécanisme disparaissent généralement après la fin de leur mandat, car la loi ne permet pas de les reconduire de la même manière pour un second mandat. Leur expérience parlementaire, acquise pendant cinq ans, est ainsi dilapidée. Les stéréotypes misogynes sur les femmes en politique n’ont pas bougé d’un iota, mais sont renforcés par la perversion du mécanisme de discrimination positive. On se retrouve donc avec une logique ornementale et viciée de la présence des femmes au parlement, qui n’avance en rien la cause féminine au Maroc. Au contraire, elle la dessert parfois.

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