Pendant l’été, des analyses ont fleuri, spéculant sur la “fin politique” de Aziz Akhannouch. Le Chef du gouvernement, affirmait-on, serait une “carte grillée”, et un nouveau scénario serait en cours. Ces thèses s’appuient sur le dernier discours du Trône, qui a chargé le ministère de l’Intérieur de mener les négociations politiques avec les partis en vue des prochaines élections législatives. D’autres signaux ont été interprétés dans ce sens, comme la reprise en main par les cadres de l’Intérieur de la préparation d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial, à l’initiative du roi. Pourtant, il serait prématuré d’enterrer politiquement Akhannouch. Il est même fort probable qu’il soit reconduit à la tête du gouvernement.
On connaît l’attachement du roi Mohammed VI à l’application de la Constitution de 2011, l’un des principaux jalons de son règne. Lors des trois derniers scrutins, le souverain a scrupuleusement appliqué l’article 47, en nommant un Chef de gouvernement issu du parti arrivé en tête. L’épisode du “blocage” en 2016 confirme cette règle, malgré toutes les interprétations qu’on pourrait lui donner. Or, avec ses moyens financiers considérables, le réseau de notables qui gravitent autour de lui et sa position économique dominante, Aziz Akhannouch a toutes les chances de remporter les élections dans un an. La forte abstention, tant redoutée, et la faiblesse des autres partis, pourraient jouer en sa faveur. Les Marocains se lèveront probablement un jour d’automne 2026 avec la photo d’un gouvernement Akhannouch II. Le scénario est possible, mais est-il souhaitable pour le pays ?
“Nous ne pouvons pas nous diriger vers le Mondial avec un Chef de gouvernement qui cristallise autant d’impopularité et de ressentiment”
Le royaume entre dans une phase de mobilisation collective autour de l’organisation de la Coupe du Monde 2030. Qu’on l’approuve ou non, ce projet est un moyen, et non une finalité, de relancer l’économie nationale, de créer un nouveau thème fédérateur et de redonner confiance au pays. L’apport psychologique et moral de cet événement est capital. Or, nous ne pouvons pas nous diriger vers des échéances qui exigent de l’optimisme et de la confiance à tous les niveaux, avec un Chef de gouvernement qui cristallise autant d’impopularité et de ressentiment.
Avec tout le respect que l’on doit à sa personne, Aziz Akhannouch incarne pour beaucoup de Marocains le pouvoir décomplexé de l’argent, le soupçon du conflit d’intérêts, l’incapacité à communiquer avec les citoyens et la confusion entre son équipe ministérielle et les cadres de sa holding personnelle. Il est responsable, avec son gouvernement, du désert politique que nous traversons, en refusant, par calcul ou par incapacité, d’incarner la fonction dont il a la charge et d’animer une vie politique devenue si morne sous son mandat.
Nous vivons, au Maroc et dans le monde, une période délicate, marquée par les passions tristes et le retour des mouvements de protestation, attisés par la fureur des réseaux sociaux, et qui exigent de l’exemplarité et de la communication chez les dirigeants politiques. Pendant quatre ans, Aziz Akhannouch et son gouvernement ont démontré leurs limites à ce niveau. Un nouveau mandat, qui couvrirait le Mondial, condamnerait le Maroc à avancer à deux vitesses : celle de l’énergie positive et de l’élan collectif pour porter le défi de 2030 et celle de la défiance et du ressentiment qui se réinstallera le lendemain du scrutin de 2026. L’une freinera l’autre, inévitablement.
