Guide d’achat 2025 : l’électrique, entre promesse et réalité

Silencieuse, économique et moderne, la voiture électrique séduit de plus en plus de Marocains. Mais son adoption reste freinée par le prix, l’autonomie et la faiblesse du réseau de recharge. Entre prudence et conviction, deux experts livrent les clés pour comprendre ce marché en pleine mutation.

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Sauter le pas de l’électrique n’est plus une question de mode, mais bien une décision d’avenir. Pourtant, au Maroc, beaucoup hésitent encore, partagés entre l’attrait de la conduite silencieuse et les inquiétudes liées au prix, à l’autonomie ou au réseau de recharge. Pour accompagner ce choix, TelQuel a croisé les regards de deux connaisseurs du marché : Ali Lakrakbi, directeur général de Kilowatt, entreprise spécialisée dans l’installation de bornes, et Mounir Driowya, Regional After Sales General Manager de Toyota au Maroc et en Algérie.

Avant d’acheter : changer de réflexes

Adopter une voiture électrique, c’est d’abord accepter une nouvelle routine. « Le plus grand défi n’est pas technologique, mais culturel », résume Ali Lakrakbi. Finies les visites espacées à la station-service : l’automobiliste doit intégrer la recharge régulière dans son quotidien. En moyenne, une voiture électrique se recharge une fois par semaine en ville, parfois davantage sur les longs trajets. Cette planification reste simple, « cinq minutes pour organiser son trajet », insiste Lakrakbi, mais elle suppose d’accepter une autonomie souvent inférieure à celle des véhicules thermiques. En pratique, 200 km suffisent pour la majorité des déplacements urbains.

L’expérience de conduite constitue un atout majeur. Silence, accélérations franches et confort sans vibrations séduisent les premiers utilisateurs. « Une fois qu’on a goûté à l’électrique, revenir à une voiture bruyante et gourmande en essence devient difficile », poursuit Lakrakbi. L’achat n’est donc pas seulement rationnel : il relève aussi de l’émotion et du plaisir.

Recharge : idéalement à la maison, mais pas seulement

Installer une borne domestique reste l’option la plus pratique : une nuit suffit pour retrouver sa voiture pleine. Mais ce n’est pas indispensable. De nombreux conducteurs se contentent d’une prise classique, suffisante pour 150 à 200 km en une nuit, ou utilisent les bornes présentes au travail, dans les parkings ou certaines stations-service. « Ce n’est pas obligatoire d’avoir une borne à domicile, mais cela simplifie la vie », rappelle Lakrakbi.

Le réseau public se densifie peu à peu. On compte environ 1 500 bornes AC et moins d’une centaine de bornes rapides, concentrées surtout à Casablanca, Rabat et Marrakech. Ces chiffres restent modestes, mais plusieurs opérateurs accélèrent. Certaines bornes rapides, gratuites, demeurent encore sous-utilisées, preuve que le frein n’est pas uniquement technique mais aussi culturel, insiste Lakrakbi.

Le vrai calcul : coût global sur cinq ans

Le prix d’achat constitue souvent le premier frein. Entre 400 000 et 500 000 dirhams pour la majorité des modèles, l’investissement initial reste lourd. Mais l’équation change lorsque l’on raisonne en coût total d’usage. « Une électrique consomme environ 20 dirhams pour 100 km, contre 80 à 100 dirhams pour une thermique », rappelle Lakrakbi. Sur cinq ans et 100 000 kilomètres, l’écart devient colossal. À cela s’ajoutent des frais d’entretien réduits : pas de courroie de distribution, pas d’embrayage, plaquettes de frein qui s’usent moins grâce à la régénération.

Les constructeurs mettent aussi en avant la durée de vie des batteries, désormais garanties huit ans dans de nombreux modèles. Si leur remplacement reste coûteux, les cas d’usure prématurée sont rares. En pratique, l’économie réalisée sur le carburant et l’entretien compense largement le surcoût initial pour les gros rouleurs. Pour un usage urbain ou périurbain intensif, l’électrique devient rapidement rentable, en particulier lorsque les prix du carburant grimpent.

Hybride ou électrique : le débat reste ouvert

La question divise. Sur le marché marocain, l’hybride séduit de plus en plus et représente déjà près de 10 % des immatriculations. « L’hybride présente l’avantage des deux mondes, surtout dans un contexte où le réseau de recharge n’est pas encore pleinement développé », estime Mounir Driowya. Pour de nombreux ménages, il s’agit d’une solution rassurante qui permet de réduire la consommation tout en évitant la contrainte de la borne.

Lakrakbi, en revanche, reste sceptique vis-à-vis des hybrides rechargeables. À ses yeux, ils cumulent les inconvénients : « petite autonomie électrique, essence et vidanges à gérer ». Pour l’entrepreneur autant choisir un modèle 100 % électrique pour l’usage urbain, quitte à conserver un thermique pour les longs trajets, en attendant la mise à niveau de l’infrastructure de recharge, qui devrait s’accélérer face à la demande croissante du marché. Cette divergence illustre néanmoins l’état d’un marché encore en transition, partagé entre prudence et conviction.

Après l’achat : un entretien allégé mais spécialisé

Une fois la voiture acquise, l’entretien se révèle plus simple, mais il exige une expertise spécifique. « L’entretien reste périodique, mais plus espacé, et surtout concentré sur la batterie et les logiciels embarqués », explique Mounir Driowya. Aujourd’hui, seuls les concessionnaires agréés disposent des compétences nécessaires pour intervenir en toute sécurité.

Les coûts restent globalement inférieurs à ceux du thermique : vidanges plus espacées, absence de certaines pièces mécaniques et freinage régénératif qui prolonge la durée de vie des plaquettes. Ce que les professionnels appellent le Total Cost of Ownership penche nettement en faveur de l’électrique. Confort, silence et économies s’ajoutent à l’équation, mais l’essor du marché dépendra encore de la densification du réseau de recharge et d’un changement d’habitudes des automobilistes.

En définitive, acheter une électrique en 2025 au Maroc n’est pas seulement une décision rationnelle : c’est aussi un pari sur l’avenir. Ceux qui franchissent le pas deviennent souvent les meilleurs ambassadeurs. Pour les autres, l’hybride reste une étape rassurante, en attendant que les infrastructures et les mentalités suivent.