Migration : quand les initiatives locales tracent la voie de l’intégration

De l’autonomisation économique des femmes migrantes à Agadir à l’accompagnement des travailleurs migrants à Belfaa, en passant par l’aide aux Marocains du monde à Oujda, le programme PRIM soutient les acteurs régionaux dans la mise en œuvre locale de la politique migratoire du Maroc. Un modèle discret, mais efficace, ancré dans les territoires.

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PRIM

Dans le quartier d’Essalam, à Agadir, la crèche de l’association Oum El Banine fourmille de vie. Chaque jour, des enfants d’origines marocaine et subsaharienne y jouent, mangent et apprennent ensemble dans une atmosphère chaleureuse.

« Ce mélange a donné naissance à un très beau vivre-ensemble entre les enfants », se réjouit Jamila Ait Blal, présidente de l’association.

Fondée en 2001 par la militante Mahjouba Edbouche, disparue en février dernier, Oum El Banine a d’abord vu le jour en réaction à une situation alarmante : des ouvrières du quartier industriel d’Agadir laissaient leurs enfants dans des tentes de fortune, faute d’alternative. De cette urgence est née une structure d’accueil, qui s’est depuis transformée en un véritable centre d’accompagnement pour mères en détresse.

“La crèche permet d’accueillir les bébés dès 40 jours. Pendant que leur mère suit une formation ou cherche un emploi, nous nous occupons de tout”

Jamila Ait Blal, présidente deOum El Banine

Aujourd’hui, l’association héberge des femmes enceintes, mères célibataires ou en situation de vulnérabilité et leur fournit un suivi médical grâce à un réseau de médecins solidaires. Elle propose aussi des formations qualifiantes en pâtisserie, coiffure, esthétique ou langues, afin de favoriser l’autonomie et l’insertion professionnelle.

La crèche permet d’accueillir les bébés dès 40 jours. Pendant que leur mère suit une formation ou cherche un emploi, nous nous occupons de tout”, explique la présidente. Les échanges entre femmes sont facilités par le multilinguisme des formatrices.

De la précarité à l’autonomie

L’objectif est clair : reconstruire des parcours de vie mis à l’épreuve par l’exil, la précarité ou la rupture familiale. « Avec un accompagnement de 12 à 18 mois, une femme peut accéder à une vraie autonomie », explique la présidente.

Ce travail de terrain est soutenu aujourd’hui dans un cadre plus large, celui du Programme régional des initiatives de la migration (PRIM). Il vise à appuyer les acteurs régionaux pour l’appropriation et la mise en œuvre, à l’échelle locale, des politiques migratoires adoptées par le Maroc, notamment la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA), et la Stratégie nationale au profit des Marocains résidant à l’étranger (SNMRE).

Le projet Tamkine, porté par Oum El Banine, en est l’un des volets phares. Il vise à réduire la vulnérabilité des femmes migrantes et de leurs enfants, en améliorant leur accès à la formation, à la santé, à la justice et à l’état civil. « Tous les enfants que nous avons accompagnés ont été inscrits à l’état civil, même sans reconnaissance paternelle », souligne Jamila Ait Blal.

Belfaa et le vivre-ensemble

Plus au sud, dans la province de Chtouka Aït Baha, la commune rurale de Belfaa s’est elle aussi saisie de la question migratoire. Depuis quelques années, elle accueille un nombre croissant de travailleurs migrants attirés par les opportunités dans le secteur agricole.

Mais pas seulement : ce territoire est également un point d’ancrage pour de nombreux Marocains résidant à l’étranger (MRE), particulièrement présents en été. Pour y répondre, la commune a ouvert en 2022 un Bureau d’accueil et d’orientation des migrants (BAOM), avec l’appui de PRIM et de l’ONG franco-marocaine Migration & Développement.

« Nous les appelons ici les nouveaux habitants », explique Hassan Chaitou, responsable du BAOM. « Ils ont des besoins spécifiques, pour l’état civil, la santé, la scolarisation des enfants. Nous les orientons, les informons, et si nécessaire, mettons à disposition l’ambulance communale », poursuit-il.

Plus qu’un guichet administratif, le BAOM joue aussi un rôle d’intégration culturelle, avec des campagnes de sensibilisation au vivre-ensemble. Dernier exemple en date : l’ouverture d’un terrain de football de proximité, devenu un lieu d’échanges entre jeunes locaux et migrants. Cette approche pragmatique, ancrée dans les réalités du terrain, reflète l’esprit de PRIM.

Planification territoriale : intégrer l’approche genre

Dans l’Oriental, la commune d’Oujda s’est également engagée dans cette dynamique. « Notre coopération avec PRIM s’est construite naturellement, dans la continuité des efforts que nous avions déjà engagés », explique Rachida Saadi, cheffe du service de la coopération décentralisée de la commune.

Une convention signée avec Expertise France a permis de former les agents municipaux, notamment sur la question migratoire, avec un accent particulier sur la dimension genre. « Cette approche est encore trop absente des politiques locales. PRIM a vraiment permis de l’intégrer dans notre planification stratégique », estime-t-elle.

Parmi les actions concrètes menées à Oujda : la création d’une cellule d’accueil dédiée aux MRE et aux migrants, son équipement…

Parmi les actions concrètes menées à Oujda : la création d’une cellule d’accueil dédiée aux MRE et aux migrants, son équipement, et l’organisation d’un séminaire d’échange entre société civile et communauté marocaine résidant à l’étranger. Aujourd’hui, cette cellule fonctionne à plein régime et facilite les démarches administratives, notamment pour les actes d’état civil. Un système de collecte de données a été mis en place pour mieux suivre les besoins des usagers.

Avec plus de 3500 personnes accompagnées à ce jour, 16 BAOM créés dans le Souss-Massa et huit cellules d’accueil mises en place dans l’Oriental, PRIM affiche un bilan encourageant. Mais les défis restent nombreux. « Les collectivités locales manquent encore de ressources humaines qualifiées et de moyens financiers », alerte Rachida Saadi. Elle plaide pour une meilleure coordination entre les acteurs et pour une pérennisation de ce type de programmes.

Sur le terrain, les acteurs soulignent déjà les retombées positives : diminution des abandons d’enfants, meilleure inclusion des migrants dans les services publics. Des résultats qui illustrent le potentiel d’une politique migratoire pensée au plus près des territoires.

Le programme régional des initiatives de la migration (PRIM)

Lancé en 2020 dans les régions pilotes de Souss-Massa et de l’Oriental, financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, PRIM vise à appuyer la mise en œuvre territoriale de la politique migratoire du Maroc. Il repose sur un partenariat étroit avec les Conseils de région et les Secrétariats généraux aux affaires régionales (SGAR), en lien avec les communes, les associations locales et la diaspora.

Le programme, d’un budget dev9 millions d’euros, s’articule autour de trois piliers :

– Le financement de projets à forte dimension sociale,

– Le renforcement des capacités des collectivités territoriales,

– Et l’intégration de l’approche genre dans les politiques publiques locales en matière de migration.