Voyage : un été bleu entre Tanger, Tétouan et Chefchaouen

Entre montagnes et Méditerranée, art et artisanat, spiritualité et farniente, Tanger, Tétouan, Chefchaouen sont trois villes aux identités fortes, à découvrir en mode slow et curieux. Carnet de voyage culturel et hédoniste.

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À deux heures et demie en Boraq (ou cinq heures de route) de Casablanca, le Nord marocain ne ressemble à aucune autre région du pays. La lumière y est plus douce, les conversations plus lentes, les ruelles plus étroites et les baignades moins fraîches. On y circule à son rythme, entre Tanger l’élégante, Tétouan l’arty discrète, Chefchaouen la mystique et tous les coins secrets aux alentours.

Trois villes reliées par le Rif, et par une jolie promesse : celle d’un été reposant, gourmand et contemplatif. On flâne dans des librairies confidentielles, on boit un thé avec des artistes, on dort dans des riads où résonnent plusieurs langues, on achète un bol ou un tableau qu’on n’oubliera jamais. Voici nos meilleures adresses, entre tradition revisitée et créativité contemporaine.

Où bien manger ?

Nono Sea Taste (Tanger)

Adresse récente et déjà prisée sur la corniche tangéroise, Nono Sea Taste, pilotée par la cheffe Nora Larini, propose une cuisine méditerranéenne ouverte sur le monde, avec des clins d’œil asiatiques et ibériques. Le décor, à la fois épuré et chaleureux, met en valeur la vue sur la Méditerranée, de jour comme de nuit.

À la carte : fruits de mer, grillades au charbon, tapas, et une belle sélection de vins. L’endroit s’anime en soirée autour de DJ sets soignés. Chic sans être guindé.

Le Salon Bleu (Tanger)

Niché dans la kasbah, ce café-restaurant avec vue sur la baie propose tajines tradi et brunchs à la mode. Une halte de choix pour le déjeuner.

El Reducto (Tétouan)

Une institution de la médina de Tétouan, à la fois maison d’hôtes et restaurant. On y sert une cuisine marocaine soignée, dans une salle d’inspiration andalouse où le temps semble suspendu.

Chez Hicham (Chefchaouen)

Simple et chaleureux, avec une terrasse panoramique au cœur de la médina bleue. Le couscous y est généreux, et le tagine au citron confit, délicieux.

Vitaminas del mar (Martil)

À 15 minutes à peine de Tétouan, sur la corniche tranquille de Martil, Vitaminas del Mar est un stop incontournable. L’endroit est modeste, presque trop petit pour sa réputation, mais l’ambiance y est chaleureuse et sans chichi. On y vient pour le poisson ultra frais, les calamars fondants, les assiettes simples, mais impeccablement préparées, toujours servies avec le sourire. Une adresse sincère, adorée des habitués comme des voyageurs de passage.

Où se cultiver ?

Dar Niaba (Tanger)Crédit: DR

Dar Niaba (Tanger)

Dès la porte franchie, Dar Niaba invite à voyager dans le Tanger d’autrefois, carrefour d’influences où s’entrelacent pouvoir et diplomatie. Son zellige brillant, qui remonte au début du XXe siècle, habille un patio ombragé qui semble habité par les échos des murmures des échanges d’antan. Aujourd’hui transformée en musée, la maison conserve les toiles d’Antonio Fuentes, peintre local né au cœur du Petit Socco, dont les œuvres évoquent la magie intemporelle de la ville qui a séduit Delacroix et Matisse.

Musée de la Kasbah (Tanger)

Après avoir expulsé les Anglais de Tanger en 1684, c’est Ahmed Ben Ali, fils du caïd Ali Ben Abdellah El Hamani Errifi, qui prit possession de la Kasbah. Autant dire que ce musée, qui abrite de vieilles armures reconstituées et un exemplaire du Coran à la calligraphie naskh (écriture cursive simple) du 18e siècle, nous ramène des siècles en arrière. On s’y promène entre reliques et jardins, comme on se promènerait dans l’histoire.

Centre d’Art Moderne de Tétouan

Peu connu mais remarquable, il expose des œuvres modernes et contemporaines de peintres marocains et espagnols. Plus de 200 peintures et une trentaine de sculptures ornent ce lieu à l’architecture unique. La première salle expose les œuvres des fondateurs du début du 20e siècle. Plus l’on évolue dans l’espace, plus on évolue dans le temps jusqu’à la quatrième salle qui accueille les œuvres contemporaines, de 1993 à nos jours.

Où dormir ?

L’Ermitage (Akchour, près de Chefchaouen)

Si vous souhaitez vous déconnecter, éviter les grandes foules comme les grandes chaleurs, vous êtes au bon endroit. À quelques encablures de Chefchaouen, l’Ermitage d’Akchour, niché en pleine nature, au cœur du parc national de Talassemtane, offre une vue époustouflante sur les cascades et les forêts environnantes.

Nord-Pinus, (Tanger)

L’ancienne maison de Paul Bowles réinventée en hôtel-bijou. Mobilier vintage, bibliothèque cachée, vue sur le détroit. C’est un lieu mythique et confidentiel, que l’on peut visiter, sans y dormir, en s’installant au bar.

Nord Pinus à TangerCrédit: DR

Dar Jasmine (Chefchaouen)

Pour les amateurs de standing et d’Instagram, vous êtes à l’endroit parfait : raffinement floral, piscine en pierre, service pointu. Le Boutique-hôtel Dar Jasmine, situé au pied de la ville bleue, est une expérience à part entière.

Hôtel Kabila (M’diq, à quelques kilomètres de Tétouan)

Un brin hors du temps, ce véritable bijou quatre étoiles baigne encore dans son jus seventies. Avec ses lignes géométriques qui contrastent avec la douceur des enduits à la chaux, emblématiques de la région, ses palmiers graciles et ses transats patinés par le soleil, l’Hôtel Kabila évoque le charme désuet et chic des hôtels de Palm Springs.

L’Hôtel Kabila à M’diq, à quelques kilomètres de TétouanCrédit: DR

Niché dans une oasis luxuriante sur la côte de Tamuday Bay, il bénéficie d’un emplacement unique, directement face à la mer. Idéal pour se détendre dans un décor à la fois vintage, élégant et dépaysant.

Où se baigner / s’évader dans la nature ?

Sidi Mghait & Las Cuevas (près de Tanger)

Au sud d’Asilah, les plages de Sidi Mghait et Las Cuevas déroulent leur sable doré entre falaises ocre et pins maritimes. Sauvages, presque désertes en semaine, elles sont de vraies parenthèses enchantées, loin des stations balnéaires surpeuplées. Las Cuevas, nommée ainsi pour ses cavités naturelles dans la roche (où l’on se badigeonne d’argile verte naturelle), abrite aussi quelques paillotes bohèmes où l’on mange du poisson grillé, fraîchement pêché, les pieds dans le sable.

Quant à Sidi Mghait, plus étendue, elle est parfaite pour une marche à marée basse ou une baignade au coucher du soleil, quand les locaux viennent y pique-niquer en famille. Peu aménagée, mais d’autant plus attirante pour cette même raison.

La grande plage de Sidi MghaitCrédit: DR

Plage de Sidi Kacem (Tanger)

À une vingtaine de minutes du centre, cette plage sauvage garde son charme brut. Les locaux viennent y pique-niquer, les Tangérois y marchent pieds nus.

Oued Laou (entre Tétouan et Chefchaouen)

Petite station balnéaire préservée, avec son sable noir et une ambiance sans chichi. Parfait pour une escale sans prétention entre deux villes.

Akchour (à 40 min de Chefchaouen)

Paradis naturel entre cascades, ponts de pierre et piscines turquoise. Prévoir de bonnes chaussures pour remonter jusqu’aux chutes.

Où boire un verre, écouter de la musique, danser ?

El Morocco Club (Tanger)

El Morocco Club, situé sur la place du Tabor, à côté de Bab El Kasbah, est l’endroit idéal pour un repas dans une atmosphère intimiste. Si l’on a déjà diné ailleurs, on peut y  poursuivre la soirée, au sous-sol plus précisément. On aime ce piano-bar aux airs de club de jazz new-yorkais durant la Prohibition. Au petit matin, à l’ombre d’un immense caoutchouc, on savoure son petit-déjeuner ou un brunch, tout en se laissant porter par l’animation tranquille du quartier. Le saviez-vous ? C’est l’architecte américain Stuart Church qui a réalisé la construction de l’édifice tandis que le designer Yves Taralon (Café Marly au Louvre, entre autres) en a conçu le design intérieur.

Le Riad Blanco Bar (Tétouan)

Moins connu, mais très chic, ce bar lounge discret propose de bons vins marocains et une ambiance tamisée dans un cadre hispano-mauresque. Pour les amoureux ou une soirée intime entre amis.

Le Riad Blanco Bar à TétouanCrédit: DR

Café Clock (Chefchaouen)

Le soir, ce café culturel se transforme parfois en petite scène : projections, contes, concerts acoustiques. Ici, on danse peu, mais on écoute beaucoup. Et on partage une limonade maison à la menthe poivrée avec vue sur la ville.