Un État, des hommes et de la constance

Par Yassine Majdi

Le récent rapprochement du Maroc avec le Royaume-Uni sur le dossier du Sahara est un révélateur d’une diplomatie d’État totale. Derrière cette nouvelle proximité avec Londres, il n’y a pas que l’action du ministre Nasser Bourita et de l’ambassadeur Hakim Hajoui auprès des parlementaires et des lords de Westminster.

Il y a tout un système. Du ministère du Budget à celui de l’Énergie, en passant par le Conseil national des droits de l’homme, la Bourse de Casablanca ou encore la région Dakhla-Oued Eddahab : chaque rouage de l’ État impliqué dans cette mission a été actionné au bon endroit et au bon moment. Sur les rives de la Tamise, on ne se contente plus de voir le Maroc sous le prisme du soleil de Marrakech ou comme la source d’inspiration de l’Othello de Shakespeare. Désormais, le royaume est aussi perçu comme un partenaire stratégique dans l’énergie, les télécoms, l’infrastructure… Le mindset a basculé.

“La stratégie est claire : convertir chaque crise en opportunité de rapprochement durable”

Yassine Majdi

Ce succès britannique témoigne de l’évolution de la diplomatie marocaine. Il a fallu, parfois, être rugueux avec des pays qui ont tenté de s’ingérer dans les affaires du royaume, ou même avec certains alliés traditionnels. Mais le Maroc sait aussi être un partenaire incontournable. France, Espagne, Pays-Bas, Allemagne… tous les contentieux ont été transformés en partenariats multidimensionnels et sur mesure, touchant des domaines aussi variés que l’énergie, la culture ou encore la défense. “Il faut mettre en place des bases solides pour rendre la relation imperméable à toute secousse. C’est ce qui renforce la défense du dossier du Sahara”, nous expliquait, au cœur de cette succession de crises, un haut responsable diplomatique. Avec une stratégie claire : convertir chaque crise en opportunité de rapprochement durable. Résultat : le Maroc a désormais un portefeuille de relations européennes solides, qui appuient la défense de son intégrité territoriale.

ette capacité de mobilisation totale, qui a fait ses preuves à l’international, nous savons désormais qu’elle existe. Pourquoi ne pas l’utiliser davantage en interne ?

Yassine Majdi

L’enjeu, désormais, c’est la consolidation et l’extension de ces partenariats. Maintenir les acquis suppose de cultiver tous les bords politiques des pays ralliés. Comme le Maroc l’a fait avec Washington, traversant sereinement la parenthèse démocrate. À Paris, il faut déjà se préparer aux élections de 2027. Du côté de Moscou et Pékin, il s’agit d’identifier – si ce n’est pas déjà fait – les interlocuteurs clés dans les administrations. Car les précédents américain (Jared Kushner), français (le couple Macron) et britannique (David Lammy) le confirment : la diplomatie reste une affaire d’hommes et de femmes. Les relations personnelles peuvent influencer des positions de principe.

Au-delà du Sahara, cette séquence diplomatique démontre une vérité simple : quand on veut, on peut. La capacité du Maroc à retourner des situations hostiles, à transformer des adversaires en partenaires, à mobiliser tous ses leviers pour un objectif national prouve que tout est une affaire de méthode. Cette capacité de mobilisation totale, qui a fait ses preuves à l’international, nous savons désormais qu’elle existe. Pourquoi ne pas l’utiliser davantage en interne et se donner les mêmes moyens ?

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