Dr Houria Rhoulam : psychiatrie et intelligence artificielle, une révolution sous surveillance

Outils prédictifs, diagnostics assistés, suivi comportemental… l’intelligence artificielle s’invite dans la santé mentale. si les promesses sont nombreuses, les risques éthiques, médicaux et juridiques soulèvent l’inquiétude des soignants. la relation humaine peut-elle survivre à la machine ?

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L ’intelligence artificielle et les nouvelles technologies font désormais partie de notre quotidien, ce qui a déclenché des préoccupations chez les médecins, principalement sur les plans éthique, médical et juridique. La principale cause de ces préoccupations est la déshumanisation de la relation avec les patients. Il existe également un risque de figer certains d’entre eux dans leur pathologie, de les étiqueter ou parfois de prédire une maladie incurable. Dans certains cas, on peut même craindre une utilisation politique de ces technologies pour pallier la pénurie de médecins.

Si la médecine est aujourd’hui en pleine révolution technologique, la psychiatrie semble, à première vue, moins concernée. Pourtant, les médecins s’inquiètent de plusieurs contraintes liées à cette évolution. Il y a d’abord la peur de perdre la relation thérapeutique avec les patients, ainsi que le risque de sous ou de sur traitement, ou encore de mauvaises réactions. En outre, des inquiétudes juridiques émergent concernant les risques liés aux dispositifs : effets indésirables, faux positifs et faux négatifs.

Prédire les comportements

De nos jours, il existe des algorithmes très puissants qui, par la collecte de données, aident au diagnostic et à la décision médicale. L’utilisation d’outils connectés permet même de prédire des comportements. L’intelligence artificielle a aujourd’hui une probabilité de prédiction de 85 % concernant certains troubles. Une nouvelle notion apparaît: le phénotype digital, qui permet d’évaluer la clinique en temps réel. Couplée à l’intelligence artificielle, cette approche donne accès à une médecine personnalisée, capable de prédire des événements tels qu’une rechute, par exemple.

Il existe également des logiciels capables de détecter des changements de comportement, en analysant des données comme le nombre de pas, le flux de la parole, les émotions, la fréquence cardiaque, la tension artérielle ou encore le rythme respiratoire. Ces données, enregistrées sur une longue période, sont ensuite analysées par le médecin lors de la consultation, permettant un diagnostic plus précis que si ce dernier posait seul des questions, auxquelles le patient pourrait parfois répondre avec excitation ou incertitude. L’intelligence artificielle intervient avant la maladie, par la pertinence des biomarqueurs en physiologie ou autre, pendant la maladie par la collecte d’informations et la prise de décisions thérapeutiques, et après la maladie, en ajustant la conduite thérapeutique. Elle aide également dans les diagnostics et les traitements.

Il est important de noter que le domaine de la santé est réglementé et que les applications d’IA spécifiques à la psychiatrie sont encore en développement et peuvent varier selon les pays. Voici quelques exemples de types d’applications et de fonctionnalités :

  • Applications de suivi de l’humeur et des symptômes : ces applications permettent aux patients de suivre leur état émotionnel et de signaler tout changement à leur thérapeute.
  • Chatbots thérapeutiques : ces outils d’IA peuvent offrir un soutien émotionnel en temps réel, simuler des conversations thérapeutiques et fournir des exercices cognitivo-comportementaux.
  • Applications d’analyse de données : les professionnels de la santé utilisent ces applications pour analyser de grandes quantités de données de patients afin d’identifier des tendances et de personnaliser les traitements.
  • Plateformes de télémédecine : ces plateformes permettent aux patients de consulter des professionnels de la santé à distance, ce qui peut être particulièrement utile pour les personnes vivant dans des zones rurales ou ayant des difficultés à se déplacer. Quelques exemples d’entreprises travaillant sur ces technologies :
  • Dialogue : une plateforme de télémédecine québécoise qui utilise l’IA pour améliorer l’expérience patient.
  • Woebot : un chatbot thérapeutique conçu pour aider les personnes souffrant de dépression et d’anxiété. • Mind : une application qui utilise l’IA pour suivre l’humeur et fournir des outils de gestion du stress.

Une grande opportunité : l’ia

remplacent pas une thérapie ou un traitement médical. L’IA avance à grande vitesse, et il est essentiel que tous les acteurs concernés – prescripteurs, patients, aides-soignants… – s’approprient cette technologie et en fassent quelque chose d’utile.

Elle représente une grande opportunité pour le patient, qui devient proactif grâce à l’accès à ses données en temps réel, à la connaissance de l’évolution de sa maladie, et à la possibilité de voir les effets de ses actions. Cela lui offre donc davantage de chances d’agir en amont, avec des conseils ultra-personnalisés et des actions en temps réel. L’autonomie du patient n’est pas nécessairement menacée, mais plutôt réinterrogée.

Le médecin conserve un rôle de pédagogie et doit expliquer les risques et incertitudes liés à l’usage de l’intelligence artificielle, notamment en ce qui concerne la protection des données. Ceux qui ne connaissent pas bien l’intelligence artificielle peuvent être très inquiets et réfractaires au changement, car il peut sembler épuisant.

Un médecin averti est un médecin “augmenté”, qui utilise l’intelligence artificielle sans être en compétition avec elle. La médecine de demain sera surtout une médecine d’empathie, car certaines tâches seront déléguées. Les métiers qui survivront seront ceux où l’empathie est essentielle. Les principaux problèmes que l’on pourrait rencontrer incluent la malveillance, les risques techniques (comme un bug), et la question de la responsabilité légale en cas de problème.

L’intelligence artificielle peut être comparée à une voiture qui va très vite : est-ce la vitesse qui nous effraie, ou le chauffeur qui la conduit ? Reste une question très importante : les patients seront-ils à l’aise avec le partage de leurs données ? Certains pourraient se sentir stigmatisés, d’autres persécutés ou paranoïaques, ce qui pourrait augmenter leurs inquiétudes.

Il est important de souligner que la psychiatrie est très complexe, et que nous ne pouvons pas être spécialistes dans tous les domaines. Alors, pourquoi refuser l’aide de l’intelligence artificielle ? Pour conclure, il ne faut pas laisser ce train passer sans monter à bord