La tournée de la clarté

Par Yassine Majdi

Rarement une tournée diplomatique n’a autant mis en valeur le travail de fond de la diplomatie marocaine. De Washington à Paris, en passant par Budapest, Madrid ou encore Chisinau, c’est une séquence d’une grande intensité qui s’est déployée et se déploie encore.

Le premier acte s’est joué outre-Atlantique. De Washington, Nasser Bourita est revenu avec une déclaration qui trace l’horizon d’une résolution (définitive?) du dossier du Sahara. La déclaration du State Department américain, publiée à l’issue de la rencontre entre le ministre des Affaires étrangères et le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, n’est pas une simple réitération du soutien US au plan d’autonomie marocain. Elle reconfigure les termes du débat onusien.

“Du côté de Rabat, les choses sont claires. Le Maroc ne détaillera son plan que lorsque l’Algérie aura montré son adhésion”

Yassine Majdi

Le cadre proposé par Rabat devient la seule base pour une solution “juste et durable qui doit être discutée “sans délai” dans le cadre de tables rondes organisées sous l’égide de l’ONU. Les termes utilisés par Washington ne sont pas anodins. Ils dessinent les contours de la résolution onusienne à venir. Le temps du statu quo est passé. La question d’un veto russe ou chinois semble presque secondaire. Une opposition frontale de Moscou ou de Pékin entraînerait- de facto- la disparition de la Minurso. Ce que personne ne souhaite véritablement.

Reste une inconnue: Staffan de Mistura. L’envoyé personnel du secrétaire général continue de tarder à embrasser cette nouvelle dynamique, comme en témoigne sa sortie devant un Conseil de sécurité réuni à huis clos. Il tergiverse. Il réclame des “détails” sur le plan marocain. Pourtant, du côté de Rabat, les choses sont claires. Le Maroc ne détaillera son plan que lorsque l’Algérie aura montré son adhésion. Et du côté de Washington, la prudence (excessive?) de l’émissaire onusien peut agacer. Car les paramètres fixés par Donald Trump sont clairs.

Mais cet alignement américain a bel et bien un coût. Le communiqué du State Department, aussi favorable soit-il, contient une clause implicite : Tel-Aviv. Dans la configuration actuelle, il est difficile de ne pas y lire une forme de troc diplomatique. Pour garantir un soutien actif de Washington, le Royaume se trouve incité à intensifier sa coopération politique et commerciale avec Israël.

Comment concilier les convictions profondes d’un peuple — qui rejette massivement les exactions israéliennes — et les impératifs d’un deal stratégique pour le Sahara ? L’équilibre est périlleux. Le dilemme est réel

Yassine Majdi

Le problème ? Le timing. Alors que l’offensive militaire israélienne à Gaza continue encore de choquer les opinions publiques, Rabat reste fidèle à sa ligne de “critique modérée”. Mais comment concilier les convictions profondes d’un peuple — qui rejette massivement les exactions israéliennes — et les impératifs d’un deal stratégique pour le Sahara ? L’équilibre est périlleux. Le dilemme est réel.

En parallèle, Rabat se déploie activement sur un autre front. En moins de 48 heures, Nasser Bourita s’est rendu dans six capitales européennes. Ce sprint diplomatique témoigne d’une stratégie de fond : poursuivre la diversification des soutiens européens au-delà des soutiens traditionnels que sont Paris et Madrid. À Budapest, c’est un Bourita parfaitement conscient des lignes de fracture au sein des 27 qui s’est présenté devant Peter Szijjarto. Quant à sa visite à Tallinn, elle témoigne du partenariat renforcé entre la France et le Maroc : le Quai d’Orsay est désormais le relais de la position marocaine auprès des pays Baltes. Plus généralement, la visite de Bourita sur les rives de la Baltique témoigne d’un élargissement des horizons du Maroc.

Le momentum apparaît favorable. Pour la première fois depuis longtemps, le Maroc ne subit pas les évolutions du dossier du Sahara, il en est un acteur. Il sort de sa zone de confort et tend la main à tous les partenaires susceptibles d’adhérer à sa vision sur le Sahara. Le cheminement de cette stratégie géopolitique à long terme commence enfin à se dévoiler. Tout en prudence. Tout en clarté.

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