TelQuel : Le discours masculiniste revient en force ces dernières années, incarné notamment par des figures comme Jordan Peterson et Andrew Tate, qui prônent des qualités masculines traditionnelles, comme la force, le courage, le fait de subvenir aux besoins du foyer, mais aussi la violence. Comment analysez-vous ce phénomène ?

Jamal Ouazzani : Ce n’est pas cela, la masculinité. Ce que vendent Jordan Peterson, Andrew Tate et les figures de la “manosphère” n’est pas une masculinité émancipée, mais une illusion viriliste. C’est une masculinité d’apparat, une posture, dressée comme un “pénis sous Viagra” appelé à performer un pouvoir sur tous ceux qui ne sont pas eux.
Le retour du “mâle” dans l’espace public, sous ses formes les plus caricaturales, n’est pas une surprise. C’est un réflexe autoritaire dans un monde où l’ancien ordre vacille. À mesure que les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes racisées et celles en situation de handicap prennent la parole et le pouvoir, les tenants du patriarcat se réfugient dans la virilité comme dernier rempart au monde qui change.
Certains militants estiment que le discours masculiniste est une conséquence des dynamiques sociales inégalitaires de la société capitaliste, le capitalisme créant une “guerre des sexes” fictive, masquant le vrai problème de l’exploitation économique. Partagez-vous cet avis ?
Oui, absolument. Le masculinisme, comme le racisme ou l’homophobie, est une arme idéologique au service du capital. Il fonctionne comme une diversion stratégique. Il détourne la colère légitime des hommes précarisés, humiliés, désorientés, vers des ennemis imaginaires — les féministes, les femmes en général, les personnes queer — au lieu de s’en prendre à l’ordre économique qui les broie.
